Accueil > Courant Alternatif, Mensuel anarchiste-communiste > 258 Mars 2016 > CORSE : perspectives pour le mouvement nationaliste

Extrait de Courant Alternatif 258 de mars 2016

CORSE : perspectives pour le mouvement nationaliste

mardi 22 mars 2016, par ocl-lyon

Voici quatre décennies, la communauté corse s’est soudée contre un « ennemi extérieur » qui était à la fois un Etat et le système capitaliste. Le mouvement nationaliste a dénoncé l’achat de l’île par la France en 1768, la répression militaire subie par son peuple, la négation de sa culture… et sa fin programmée à travers un « développement » basé sur le tout-tourisme. Un bilan de ce mouvement a été tiré dans le précédent CA. On verra ici quelles sont ses perspectives, après la victoire électorale qui a donné aux représentants de ses deux principales formations la direction des institutions insulaires.


L’existence même de la collectivité territoriale (CTC) montre ce qu’a obtenu le mouvement nationaliste : la reconnaissance d’une identité culturelle spécifique à travers un statut particulier dans le cadre français. Mais la composition de cette CTC complète l’éclairage, car l’appartenance sociale des élu-e-s, toutes étiquettes confondues, et leur adhésion à l’économie libérale sautent aux yeux autant que leur appartenance à la communauté corse. Ainsi, les douze têtes de liste aux dernières territoriales avaient des patronymes en « i » ou en « a ». Et le nouveau président du Conseil exécutif Gilles Simeoni (leader de la coalition autonomiste Femu a Corsica) comme le nouveau président de l’Assemblée Jean-Guy Talamoni (leader de l’organisation indépendantiste Corsica libera), tous deux avocats, évoluent sans difficulté apparente au milieu d’une représentation clanique intacte. Même si cela devait faire grincer les dents dans les milieux nationalistes où la critique du clanisme n’a pas été oubliée, Simeoni a félicité comme il se doit l’« immense travail » accompli par ses prédécesseurs au Conseil exécutif…
Cependant, avec un « ennemi extérieur » désormais réduit à l’Etat français tandis que l’île est livrée à l’industrie touristique, la réalité de ses classes sociales aux intérêts évidemment divergents ressort de façon aiguë. Et le flou idéologique qui prévaut dans le mouvement nationaliste depuis ses débuts laisse la voie libre à des groupuscules d’extrême droite pour faire de la provocation au nom du « peuple corse » – on l’a vu en décembre dernier à Ajaccio avec l’expédition punitive dans les Jardins de l’Empereur qui a suivi l’agression des pompiers (1). La solidarité face à la répression étatique a servi jusqu’ici de ciment entre les diverses composantes nationalistes – cela suffira-t-il longtemps encore ?

Le mouvement nationaliste aux prises avec lui-même

Les luttes de libération nationale sont, certes, toujours confrontées au problème de l’interclassisme, mais le mouvement corse l’illustre de façon assez caricaturale. Le très large éventail des positionnements idéologiques existant dans le Front de libération nationale de la Corse (FLNC) l’a toujours empêché d’élaborer un projet de société précis. Après une première génération de clandestins à l’engagement politique varié mais réel, la lutte armée a souvent recruté sur quelques slogans, un penchant machiste pour les armes et des liens amicaux voire familiaux ; de ce fait, les orientations du « Front » ont été plutôt d’ordre tactique, ou liées à des luttes de pouvoir entre des sous-groupes. Cependant, dans les années 80, ses « discussions » avec les gouvernements de gauche successifs l’ont incité à se déclarer pour un « socialisme original » et une « communauté de destin » ouverte aux non-Corses – avec dans la balance une trêve de ses plasticages contre la libération de ses militants. Et quoique « la lutte de libération nationale et sociale » menée alors ait sans doute été, pour les négociateurs clandestins, plus un choix pragmatique sinon opportuniste que le signe d’une conviction partagée, ce discours progressiste a fait rêver une partie des nationalistes : au sein du Syndicat des travailleurs corses (STC) et des autres associ (syndicats ou associations), dans la mouvance gauchiste ou antiraciste, et dans la jeunesse. Mais les négociations avec l’Etat ont aussi eu pour effet de provoquer la scission entre le « canal historique » et le « canal habituel », scission qui a fait se dédoubler la plupart des autres structures nationalistes au début des années 1990, et qui a débouché sur des règlements de comptes fratricides entre 1993 et 1996. Assez vite, les nationalistes ont déplacé leur investissement du terrain social sur le terrain électoral, si important dans la vie insulaire, tandis que les activités mafieuses de certains leaders nationalistes éclataient au grand jour – comme les « affaires » à Ajaccio d’un Alain Orsoni interlocuteur entre le FLNC et le gouvernement « socialiste » puis élu à l’Assemblée corse, et connu pour ses idées d’extrême droite.
Semblable dérive a notamment conduit en 1998 les militants du « commando Erignac » à tenter (vainement), par l’assassinat du représentant de l’Etat en Corse, de provoquer une réaction salutaire dans le mouvement. Prenant pour la première fois la parole du fond de leurs geôles sur le continent (2), Pierre Alessandri et Alain Ferrandi ont brossé dans Corse-Matin du 12 novembre 2015 le sombre tableau de la société corse actuelle : un pouvoir clanique intact, une spéculation immobilière galopante, une agriculture moribonde… et un mouvement nationaliste en piteux état malgré sa réussite dans les urnes. « Le mouvement national n’a presque plus de relais sur le terrain associatif, syndical, constatent-ils. (…) Le déplacement de la lutte vers l’action institutionnelle a dépossédé les structures militantes de leur engagement politique et de leur volonté d’émancipation. Il est impossible, dans ces conditions, de fédérer le soutien populaire. (…) La vie politique insulaire est rythmée par les différentes élections. Il n’y a plus que ça qui nourrisse la conscience politique de ce pays. (…) Les mouvements nationalistes sont devenus des partis qui, comme les autres, cherchent un électorat. (…) »
Cette dérive est également dénoncée par A Manca, petite organisation nationaliste proche du NPA, qui milite pour « un socialisme démocratique et autogestionnaire » et pour le droit à l’autodétermination, et qui a boycotté les dernières territoriales par le biais d’une campagne publique affirmant : « Il n’y aura pas de libération nationale sans socialisme, pas plus qu’il n’y aura de socialisme sans émancipation nationale. »
Fort peu de propositions pour l’avenir sont émises aujourd’hui dans le mouvement nationaliste, et son discours peut presque se résumer à la défense d’une spécificité culturelle. Car le nationalisme corse se suffit à lui-même : non seulement il remplit l’espace public insulaire en ayant une fonction unificatrice dans toute contestation (celle-ci est aussitôt recyclée sur ses propres bases) et en mobilisant la jeunesse génération après génération, mais le mouvement qui l’incarne exclut une part toujours plus grande de la population en se refermant sur ses seuls centres d’intérêt et valeurs. Ainsi que le constate chjocca17 sur son blog de Mediapart (3), ne pas s’intéresser au nationalisme, qui a « ses gauchistes, ses fachos, ses patrons organisés, ses employés syndiqués, ses chants d’émancipation, son combat culturel... c’est ne pas s’intéresser à la “politique”, comme on dit, c’est accepter la société insulaire dans toutes ses injustices, ou c’est vouloir s’en barrer au plus vite ».
Maintenant que le « changement » s’est institutionnalisé à travers la victoire électorale des deux principales formations nationalistes, et que les perspectives prometteuses d’une société plus juste se sont réduites à la gestion des affaires communes au quotidien, que peut-il donc se passer ?
Les institutions insulaires distribuent actuellement les aides sociales octroyées par l’Etat comme le faisaient les élu-e-s dans le système clanique d’hier, et leur nouvelle direction a bien sûr déjà ses quémandeurs – à partir de quel stade peut-on parler de clientélisme ? Avec un patronat insulaire organisé et dur, un taux de syndicalisation minime et des exclu-e-s de plus en plus nombreux, les tensions sociales vont s’exacerber.
Pour André Paccou, représentant de la LDH en Corse, la « communauté de destin » prônée par les nationalistes est le moyen de régler les problèmes qui se posent dès à présent et de contrer l’extrême droite. Elle permettra selon lui « d’avoir “plus de droits pour tous” – droit au logement, à la reconnaissance d’un peuple, etc. Le combat pour les droits, leur respect, leur garantie pour tous est la seule réponse à apporter à ceux qui instrumentalisent les souffrances sociales et identitaires, les manipulateurs et les faiseurs de haine ». On perçoit dans la définition que donne de la « communauté de destin » ce militant antiraciste (menacé plusieurs fois de mort pour ses prises de position, après les manifestations d’Ajaccio) l’écho de ce qu’affirmait le mouvement nationaliste dans la décennie 80 : une fois libéré du joug colonial, le peuple corse serait en capacité d’accueillir les personnes désireuses de participer à sa lutte et de partager son avenir. Mais, en même temps qu’il retrouvait certains de ses repères identitaires, ce peuple s’est replié sur lui-même, sans chercher à intégrer les minorités existant dans l’île. En particulier les familles maghrébines, dont les enfants sont nés français et peuvent comprendre l’idiome du pays aussi bien que nombre de petits Corses estampillés comme tels. Les immigré-e-s marocains ont toujours été très discrets, pour ne pas dire invisibles, dans la société insulaire. Une autocensure qui constitue sans doute une violence plus grande que des agressions verbales ou des tags racistes. Aujourd’hui certaines familles immigrées du quartier de l’Empereur envisagent de repartir dans leur pays. Mais la jeunesse « française d’origine marocaine », jusqu’ici guère plus apparente dans l’espace public insulaire que ses parents et vouée en priorité aux emplois de merde ou au chômage de longue durée, ruera forcément dans les brancards un jour ou l’autre, pour faire valoir ses droits ou pour exprimer simplement sa révolte. Aussi un cycle d’émeutes suivies de ratonnades dans les quartiers ou banlieues populaires est-il de plus en plus à craindre. La bagarre à Bastia, en mars 2004, dans laquelle un lycéen corse a été blessé par un autre « d’origine maghrébine » a déjà été instrumentalisée par l’extrême droite ; elle a débouché sur des représailles très musclées, qui ont fait plusieurs blessés, dans le quartier alors immigré de la Citadelle (4).
Il serait donc temps que la communauté corse mène une vraie réflexion sur ce que pourrait signifier concrètement – dans le système économique en place – la « corsisation des emplois ». Qu’arriverait-il si les « Arabes » et autres « Gaulois » n’étaient plus là pour effectuer en grande partie les tâches payées au lance-pierre et effectuées dans les pires conditions ? Les nombreux Corses qui galèrent également aujourd’hui les remplaceraient-ils, et seraient-ils réellement mieux traités par les petits patrons insulaires du fait de leur corsitude ? Pourraient-ils, grâce au départ des « non-Corses » mieux lotis, monter leur propre « affaire » ? A la vérité, de tels scénarios qui semblent faire rêver une part d’entre eux en les attirant dans les filets de l’extrême droite ne peuvent fonctionner, tout simplement parce que l’île ne se situe pas hors du monde : son économie s’inscrit dans le système d’exploitation capitaliste, où la distribution du travail ne fonctionne pas comme un jeu de vases communicants.
Quoi qu’il en soit, si actuellement le petit patronat corse peut se réjouir du profit qu’il tire de l’industrie touristique, en dépit de la crise internationale, il devrait se méfier : la forte tertiarisation de l’économie insulaire et la faible part de sa production industrielle contribuent, certes, à atténuer les conséquences potentielles d’une récession et d’une contraction de la demande mondiales en matière de tourisme, mais ce choix de « développement » rend l’île sensible à l’érosion du pouvoir d’achat des Français comme des étrangers. Il n’est de ce fait pas exclu que la direction de la CTC ait à gérer un jour des problèmes économiques d’ampleur.

Le mouvement nationaliste aux prises avec l’extrême droite

Le discours de la droite extrême n’a pas surgi du néant récemment en Corse. Au siècle dernier, nombre d’insulaires ont pris une part active aux conquêtes coloniales françaises sur le plan militaire ou administratif, et ont contribué à leur retour à diffuser une certaine mentalité. Qui a fréquenté la fac de Nice, ou celle d’Assas à Paris, dans les années 70 a pu y noter la forte présence d’étudiants corses dans le Groupe union défense (GUD). On se rappelle le meurtre de deux Tunisiens réalisé, en janvier 1987, par le FLNC avec comme justification de son acte que c’étaient des trafiquants de drogue – les clandestins feront au mois d’octobre suivant leur autocritique sur cette « erreur de ciblage (!) » militaire. Quant au slogan « Arabi fora », des tags attestent depuis des années sur les routes insulaires qu’il n’a pas été inventé en décembre 2015 à Ajaccio – et pas davantage en juin à l’école bilingue corse-français de Prunelli-di-Fiumorbu, sur la plaine orientale, lorsque des parents ont refusé que les institutrices fassent chanter à leurs élèves un couplet d’Imagine, de John Lennon, en arabe (ce qui a déclenché une polémique) !
Pour autant, la réputation d’hospitalité qu’ont les insulaires (produit d’un sacré brassage de populations au fil des siècles) n’est pas artificielle, et les non-racistes ne manquent heureusement pas en Corse. Le collectif antiraciste Ava basta (« Maintenant ça suffit »), fondé en 1985 par la résistante et déportée Natale Vincensini, fournit toujours une aide aux immigré-e-s dans divers domaines ; des associations de parents ou d’artistes favorisent les échanges entre enfants immigré-e-s et corses ; la revue Fora ! – La Corse vers le monde, parue en 2007-2008, avait érigé en titre son désir d’ouverture vers l’extérieur, en particulier la Méditerranée… Mais les prises de position publiques contre les actes xénophobes d’Ajaccio restent bien trop timorées. Simeoni et Talamoni les ont « condamnés fermement » comme leurs prédécesseurs clanistes l’auraient fait : sans apporter à leurs paroles d’autre suite que des entretiens avec les pompiers agressés et avec les représentants de la communauté musulmane, pour calmer le jeu.
Il fut un temps où les militant-e-s nationalistes empêchaient physiquement Jean-Marie Le Pen de fouler le sol de la Corse. Ainsi, le 28 février 1992, celui-ci n’a pu tenir ses meetings de Bastia et d’Ajaccio car des membres d’A Cuncolta (un ancêtre de Corsica libera) l’ont bloqué à l’aéroport de ces villes. De là l’image d’une Corse réfractaire aux idées frontistes – et la surprise générale quand, aux présidentielles de 2007 et de 2012, le FN a fait de bien meilleurs scores qu’auparavant. Le Pen père a en effet obtenu 15,26 % des voix en 2007 et Le Pen fille 17,90 % en 2012, tandis que le taux d’abstention se situait entre 16 et 25 % seulement (5). Il est vrai que l’élection présidentielle est « particulière », comparée aux autres scrutins : les enjeux locaux et le rapport de proximité avec les candidat-e-s jouent moins, la participation est bien plus grande… Toujours est-il que dans l’île une part de l’électorat nationaliste a voté alors pour les frontistes, et qu’en dehors des hypothèses émises pour expliquer cette étrangeté il y a une certitude concernant 2012 : le choix opéré par Marine Le Pen (en complète contradiction avec la ligne de son parti) de « reconnaître le peuple corse », en affirmant que l’identité de ce peuple était à même de dresser une barrière contre l’immigration et l’expansionnisme islamistes, a eu deux effets. Il a permis au FN d’engranger des voix jusque dans des milieux d’ordinaire allergiques à sa logorrhée chauvine française – la « valorisation » de l’identité corse pouvant donner à des exclu-e-s l’impression d’avoir malgré tout quelque chose à défendre face à l’envahisseur « étranger », et de pouvoir le faire par les urnes ; et des groupuscules intégristes ou fascistes (cercle Petru Rocca, Cristiani corsi, Sangue corsu, Corsica Patria nostra…) ont éclos, à défaut de se développer.
Aux dernières territoriales, le FN a eu 10,58 % des voix au premier tour et 9,09 % au second tour. Des résultats donc bien plus faibles (quoique supérieurs à Corsica libera au premier tour : 7,7 %), mais pour une part dus à la façon dont médias et réseaux sociaux ont tourné en ridicule ses représentants. L’efficace campagne anti-FN menée l’a en effet été sur de curieuses bases : l’idée que les frontistes étaient des « Français », donc fort éloignés du mode de pensée et des préoccupations insulaires, et que de surcroît ils étaient « bêtes » – notamment parce que le numéro trois de la liste FN, René Cordoliani, avait osé avouer dans un débat sur FR3, à propos du Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse : « Alors, le Padduc, moi j’y comprends rien ! » En fait, c’est le discours raciste du FN qui aurait dû être pointé, qu’il soit formulé par des pinzuti ou par des paesani, bien plus que la méconnaissance d’un Cordoliani en matière de Padduc. Car l’aveu de son « ignorance » était aussi un clin d’œil à son électorat, sans doute assez peu concerné par les questions de succession et de foncier qui accompagnent ce plan parce que, par manque de moyens, il n’a pas accès à la propriété.
Les manifestations xénophobes d’Ajaccio ne doivent être considérées ni comme le fait d’« attardés » ni comme des « problématiques du continent » : « C’est bien une partie de la Corse qui s’exprime dans la rue et vient assiéger une autre partie de la Corse, remarque avec justesse chjocca17. (…) Les membres de VNC [Vigilance nationale corse, groupuscule fascisant présent dans ces manifs] ne sont pas “que” des imposteurs. Ils sont aussi une frange périurbaine et méprisée de la société corse. Dire que leur haine vient du continent, c’est dire la moitié de la vérité. » Pareille analyse ne peut que se révéler contre-productive, quand le discours d’extrême droite se répand en Corse via des clubs de supporters de foot, des associations de parents d’élèves ou des cathos traditionalistes opposés au mariage pour tous.
En dépit de ces réalités, les élus nationalistes préfèrent pourtant minorer (au moins en public) le problème. Gilles Simeoni appartient à la droite modérée ou au centre droit (il ne veut pas renvoyer les migrant-e-s chez eux, se déclare contre la déchéance de nationalité…), mais sa démarche électoraliste l’incite à tolérer la présence dans Femu a Corsica de gens d’extrême droite – comme Denis Luciani, président depuis des années de l’Associu di i parenti corsi ajaccienne, ou Estelle Massoni, une figure du FN jusqu’à sa récente conversion autonomiste (6). Au lieu d’exprimer son refus radical de leurs thématiques, Simeoni se garde, tout comme Talamoni, de proposer qu’un débat s’engage dans les milieux nationalistes pour adopter une position nette contre le racisme. De même, ni l’un ni l’autre ne tient à expliquer que les immigré-e-s ne sont en rien responsables de la situation économique et sociale en Corse. Des options qui arrangent évidemment l’Etat – l’extraordinaire apathie des forces de police, sous les ordres du préfet, lors des manifestations d’Ajaccio a montré que le gouvernement préférait s’asseoir sur l’état d’urgence pour l’occasion, afin de jouer la carte de l’extrême droite contre les nationalistes. Et il la rejouera certainement, avec la réforme des régions qui renforce le pouvoir de ses représentants.
Pour empêcher que la voix des racistes ne devienne tonitruante comparée à la faible portée de la parole antiraciste, A Manca a quant à elle lancé un appel à réinvestir le terrain antifasciste, à travers un « comité de salut public » qui serait un front large et pluraliste. Cependant la démarche de cette organisation ne suffit pas (comme elle-même le souligne d’ailleurs), car ce sont bien les rapports de classe qui doivent être changés, et la libération d’un peuple est incompatible avec un système économique fondamentalement porteur de misère et d’oppression. Alors que le rapport de forces avec la bourgeoisie est partout dans le monde très défavorable aux exploité-e-s, ce qui sert les idéologies les plus réactionnaires, il y a urgence à se positionner en Corse comme ailleurs contre le racisme, mais aussi contre le capitalisme et ses serviteurs.

Vanina

1. Voir, sur oclibertaire.lautre.net : « Ajaccio – Au feu les pompiers… mais qui en tirera les marrons ? ».

2. Voir l’interview de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi sur notre site : « Corse – témoignage de deux “prisonniers politiques indépendants” ».

3. Voir sur http://blogs.mediapart.fr/chjocca-1....

4. Ce quartier voisin du très touristique Vieux-Port a depuis été vidé de sa population, avec la réhabilitation décidée par la mairie… et les attentats du groupe Resistenza corsa pour « lutter contre la drogue et la délinquance ».

5. Des élections où Sarkozy l’a emporté largement en Corse, à 60 % contre Royal et à 51,64 % contre Hollande.

6. D’autres ont fait leur entrée dans le STC.

Répondre à cet article


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette