Accueil > Courant Alternatif, Mensuel anarchiste-communiste > 290 mai 2019 > Le numéro 290 de mai 2019 est sorti

Courant Alternatif

Le numéro 290 de mai 2019 est sorti

mercredi 8 mai 2019, par OCL Reims


Sommaire

page 3 édito classe en lutte
pages 4-5 Retour sur l’assemblée de lutte de Saint-Nazaire  grandes manœuvres
pages 6-7 Sous l’habillage médiatique des Actes et du « grand débat »  éducation nationale
page 8 Les enseignants de plus en plus désespérés  migrations
pages -9-10-11 Ni expulsions ni exclusion !
page 12 l’économie en brèves
page 13 vertement écolo territoires
page 14 La ZAD résiste  G7
pages 15-16-17 Le G7 et son monde mortifère ; ni à Biarritz, ni ailleurs
page 17 Livre : Murray Bookchin
pages 18-19 big brother
pages 20-21 crimes policiers : Quand on lutte pour un on lutte pour tous  note de lecture
pages 22 Bruno latour, où atterrir ? Comment s’orienter en politique ?
pages 23-24-25 Antisémitisme, antisionisme, la confusion entretenue
page 26 christchurch : L’arroseur arrosé
pages 27-28-29 Algérie : Le sens du mouvement actuel
pages 30-31-32 venezuela : La situation politique

Edito

Entrer en résistance contre le capitalisme

De la nature du macronisme ?

L’argent coule à flots pour restaurer une cathédrale (un milliard d’euros en deux jours), mais rien ne vient pour aider les salariés ordinaires, les travailleurs pauvres, les précaires, les petits retraités, les « sans », les migrants, les usagers des services publics de proximité... En bref, les prolétaires.
Depuis six mois, on assiste à des mouvements sociaux d’une durée et d’une ampleur qu’on n’avait pas vues depuis longtemps : non seulement le mouvement des gilets jaunes, mais aussi les luttes dans la santé, l’éducation, les manifs de salariés et de retraités, les mobilisations pour défendre les services publics, les migrants ou la planète.
A l’issue de trois mois d’un débat biaisé, le Président de la République a montré dans son discours du 25 avril sa grande capacité à n’entendre que ce qu’il veut et à continuer dans le même sens les réformes que ces mouvements combattent. Beaucoup de flou dans les annonces, mais aussi quelques orientations inquiétantes.

Travail

Le délai de 10 jours que s’est octroyé Macron entre la date prévue de son intervention et son allocution lui a permis de laisser fuiter une annonce sur l’augmentation du temps de travail. Cela aurait été un peu fort, juste un siècle après la loi des 8 heures (27 avril 1919) pour laquelle les travailleurs se battaient depuis des décennies et qui imposa de ne plus travailler que 48h par semaine afin de partager le travail. L’objectif de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui n’est pas de partager le travail mais bien toujours d’exploiter de plus en plus les salariés (de moins en moins nombreux), et tant pis pour ceux qui n’ont pas de boulot. Face aux réactions, il n’y aura pas d’augmentation de la durée légale hebdomadaire du travail mais les heures supplémentaires continueront d’être favorisées selon le principe du « travailler plus pour gagner plus » cher à Sarkozy.
Et évidemment, il faudra travailler plus longtemps si on veut toucher une retraite décente : sans toucher à l’âge légal minimum de départ mais en mettant en place un système par points. Évidemment, il n’y a eu aucune réponse sur les inégalités qui se creusent entre les revenus des actionnaires et dirigeants d’entreprise et ceux des salariés. Macron est bien le représentant de la classe patronale qui capte les richesses produites par les travailleurs.

Famille

Sous ses dehors modernistes, Macron a une vision très traditionnelle de la famille, style « un papa, une maman ». La seule aide qu’il envisage pour les mères seules avec enfant, c’est de faire prélever les pensions alimentaires qui ne sont pas versées par les ex-conjoints. C’est déjà la loi. Est-il envisageable de l’étendre aux ex-concubins ? Et si l’ex est très précaire ? La CAF refusait de donner une allocation à une mère isolée sous prétexte que son ex (au RSA lui-même) lui versait 50€ par mois. Il a fallu demander à celui-ci d’arrêter de les verser afin qu’elle soit vraiment considérée comme mère isolée et aidée en tant que telle. Ce qu’il faudrait surtout c’est développer les aides à la garde d’enfants afin que ces femmes puissent se former ou travailler si elles le souhaitent. Une allocation de stage ou un contrat aidé rapportent moins que ce que la mère doit verser à une garderie ou à une assistante maternelle.
Et dans la famille, il faut de plus en plus aider un proche handicapé ou ses vieux parents, surtout ceux qui n’ont pas une retraite suffisante pour financer une place dans les EHPAD. Macron annonce donc un statut pour les aidants familiaux. Il y en a déjà un pour une partie de ceux-ci ; certains aidants sont salariés de la personne aidée. Le vrai problème c’est le niveau de rémunération et de cotisations sociales (en particulier pour la retraite).
La vision familiale de Macron, c’est surtout faire supporter aux familles les aides que l’État ne veut plus apporter.

Patrie

Macron au cours de son discours a souvent fait appel à l’unité de la nation. Il a rappelé qu’à partir de l’an prochain, dans le cadre de la réforme de l’école, la présence du drapeau français et du drapeau européen sera obligatoire dans toutes les classes. Cette innovation est issue d’un amendement proposé par le très droitier député LR Eric Ciotti et adopté avec enthousiasme par les députés la république en marche (au pas de l’oie ?)...
Il veut rétablir un service national, obligatoire comme l’est la journée d’appel de la défense, sous une forme qui sera plus civique que militaire, mais encadré par des militaires quand même. Il ne faut surtout pas laisser à des militants associatifs le soin de transmettre des valeurs aux jeunes...
Il a rappelé la nécessité de défendre l’ordre et l’autorité de l’État face aux casseurs, qu’ils soient Black Blocs ou Gilets Jaunes. Il assume pleinement la légitimité de la violence d’État, l’aggravation des violences policières.
D’autre part, il a annoncé un débat annuel au parlement sur la politique migratoire (pour définir des quotas ?) et une refondation de Schengen pour protéger l’asile et lutter contre les abus. Il faut entendre par là réserver l’asile à un minimum de personnes et renvoyer ceux qui abusent de notre hospitalité. Y a-t-il là une différence avec les politiques d’Orban ou de Salvini ?

La présentation ci-dessus pourra sembler abusive à certains lecteurs. Évidemment l’histoire ne se répète jamais exactement de la même manière. Macron n’est pas fasciste ; il est juste un serviteur du « grand capital », comme on disait il y a quelques décennies, et il est prêt à tout pour imposer la politique la plus profitable à celui-ci. Ça peut mener très loin...

Sauf si...

Sauf si le mouvement enclenché depuis quelques mois ne baisse pas les bras. Même si les manifestations du samedi sont moins massives qu’il y a quelques semaines, il y avait aujourd’hui encore environ 60 000 Gilets jaunes dans les rues. Les manifs du 1er mai risquent fort d’être plus animées que les défilés habituels.
Même s’il n’est pas facile d’élaborer ensemble des stratégies et des axes de lutte, comme on peut le voir dans le compte-rendu de l’Assemblée des Assemblées, les luttes favorisent les discussions qui entretiennent la lutte. Le plus intéressant dans les mouvement actuels ce sont les formes multiples qu’ils prennent et le fait qu’ils restent incontrôlés. Les leaders autoproclamés ne durent pas longtemps quand tous sont égaux dans la lutte.
Il y a une relance de toutes les luttes sectorielles ou locales et des convergences qui se créent. Ici, à Limoges les enseignants qui manifestent en divers lieux tous les mardi soir pour « les mardis de Jean Mimi » favorisent la participation de tous à la critique de la réforme. Que des gilets jaunes participent à une manif des sans papiers ou se joignent à une manif pour le climat, c’est vraiment le signe que les échanges favorisent les prises de conscience politiques.
Tout ce qu’on a pu lire récemment sur les gilets jaunes (ou sympathisants) qui disent réprouver les violences policières et au contraire comprendre, voire approuver les « casseurs », Black Blocs ou autres, c’est aussi le signe que la violence d’État est aujourd’hui considérée comme moins légitime que la violence des révoltés.
Toute une partie du peuple est aujourd’hui entrée en résistance contre les réformes capitalistes. Un symbole : le mercredi 8 mai, c’est sur le mont Gargan, haut lieu de la Résistance, que les Gilets Jaunes de tout le Limousin ont choisi de se retrouver.

Limoges, le 27 avril 2019

Répondre à cet article


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette