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Courant Alternatif 287 février 2019

RIC : Référendum d’Initiative Citoyenne.

jeudi 14 février 2019, par OCL Reims

Idée entendue ici ou là, parmi d’autres revendications, au début du mouvement des Gilets jaunes (GJ). Il semble qu’aujourd’hui, la demande d’instauration d’un « Référendum d’Initiative Citoyenne », se soit répandue au point de rendre secondaires les autres multiples revendications qui étaient la richesse du mouvement. Ses initiateurs qui s’activent comptabilisent plusieurs centaines de milliers de signatures et revendiquent de ce fait une légitimité.


La potion magique

« Une seule revendication est plus facile à porter. « C’est l’outil démocratique qui permettra d’obtenir toutes les autres revendications ! » prétendent-ils.
Avec le RIC, le « peuple ? » s’arrogerait, après avoir recueilli un certain nombre de signatures, le droit d’imposer un avis pour « affaire le concernant » par l’organisation d’un référendum. Ses adeptes, espèrent par ce canal référendaire « citoyen » corriger la surdité et le mépris des gouvernants à leur égard et plus largement à l’égard de la population. Sans doute que ces GJ et - à juste titre - pensent et espèrent ainsi faire entendre leur colère et se faire respecter dans la cité. Mais qu’en sera t-il demain dans la grisaille du quotidien mercantile qu’offre cette société ? Comment cette exigence de « parole et de respect », réclamée par certain.es naïvement, mais avec arrière pensée pour ses promoteurs, pourra t-elle être porteuse de démocratie nouvelle si ils ou elles s’en remettent aux autorités installées pour la réalisation de cette revendication. Cet outil « démocratique salvateur » ne sera efficace que si les autres freins et brides entre les mains de l’État et de ses serviteurs sont à leur tour balayés. Cette seule revendication exaucée portera les mêmes désillusions que la participation à n’importe quel scrutin électoral ou politicien qui prétend changer notre vie.
Car depuis quand la voix d’un salarié, la voix d’une retraitée, d’un chômeur... aurait le même pouvoir ou deviendrait l’égale de celle d’un patron, d’un ministre ou d’un président auréolés par la fonction ? Un travailleur, si il n’est pas content : il prend la porte. Un patron décide quand et combien de ses employé.es prendront la même porte ! La retraitée qui proteste contre la hausse de sa CSG ou de la baisse de ses prestations peut toujours défiler derrière sa boutique syndicale préférée ses interlocuteurs et décideurs n’ont en rien à foutre. Ceux qui nous dirigent, ne respectent même pas leurs propres règles démocratiques édictées et votées. Contrariés sur leur politique, gouvernement et président passent par dessus les députés en sortant des « 49.3 » où en promulguant des décrets d’application immédiate faisant fi de leur majorité pourtant élue par « le peuple ». Ce RIC, une fois passé à la tambouille juridique et législative, n’en doutons pas, sera servi « au peuple » sans goût ni saveur. Il en sera de même pour ceux et celles qui cogitent avec opportunisme d’entraîner le mouvement vers la constitution de listes « Gilets Jaunes » pour les prochaines échéances électorales. Une fois élu.es que feront-ils elles, de plus ?
Ce sont les capitalistes, les patrons, la finance qui détiennent le pouvoir et dirigent nos vies. Les élections ne sont qu’un décor devant lequel viennent s’agiter les politiciens de tous bords. Il est à craindre que ce référendum ne devienne à son tour qu’un élément de plus dans leur décorum.
Bien avant que n’éclate la révolte des GJ, lors de la dernière élection présidentielle, JL. Mélenchon et M. Le Pen ont présenté cette demande référendaire dans leur programme. Ils l’avaient déjà à leur sauce « corseté » dans des visions différentes mais toujours en respectant les institutions de la république. Le changement « Oui » mais pour que rien ne change une fois qu’eux aussi accéderont au pouvoir. D’ailleurs, même E. Philippe, le premier ministre, a déclaré qu’il ne voyait pas d’inconvénient à la mise en place de ce mode référendaire si il s’inscrivait dans les institutions.
Décidons par nous même
Rappelons que ce mouvement existe sans avoir demandé l’avis à quiconque et tient, résiste par son autonomie. L’illusion entretenue par ce RIC, ne réside pas tant dans le souhait référendaire, mais dans l’idée de s’en remettre à l’État pour l’intégrer et relooker ses institutions. Les politiciens de tous bords n’attendent que cela pour le retourner au service des intérêts fondamentaux des capitalistes et de la haute bourgeoisie qui décident.
N’oublions pas que le système capitaliste est fondé sur le profit dégagé par l’exploitation des travailleurs.euses et la domination des populations. Or ce système politique et social n’admettra jamais qu’un peuple, échappe, à sa tutelle, à son pouvoir, s’émancipe - même - via ses règles démocratiques. Comment ceux qui nous dirigent : capitalistes, bourgeois, patrons et ceux qui les suppléent : bureaucrates, pourraient accepter que nous les contestions sans défendre leurs places ? Comment peut-on croire que tous ceux qui nous dominent, tolèrent un jour que nous les remettions en cause légalement par le truchement d’un référendum législatif : révocatoire, abrogatoire, etc. Souvenons nous du référendum contre le Traité Constitutionnel Européen de 2005 ! Suite au succès du « NON » nous avons vu comment droite et gauche, Sarkozy et Jospin -le socialiste- se sont assis sur notre avis à Lisbonne.
Cette force que nous puisons à être tous ensemble sera demain avec ce RIC balayée par le bulletin de vote. Cette force d’espoir collective, sera étouffée dans l’isoloir où nous serons seuls. Nous avons repris la parole ! En allant voter ou en se rendant dans les rendez-vous que nous propose le président, et tous ceux qui ont la frousse, le pouvoir nous endormira tranquillement et nous fera perdre notre voix.
Aujourd’hui, c’est la force du mouvement et son auto organisation collective -aussi imparfaite soit-elle qui a fait vaciller le gouvernement et foutu la trouille jusqu’aux chefs syndicaux. C’est notre rapport de force et la solidarité affirmée qui à fait reculer le gouvernement et lâcher l’aumône de quelques 10 milliards. Cette puissance gagnée sur les ronds points et dans la rue ne doit pas être subordonnée à la seule revendication du RIC . Bien d’autres revendications sociales doivent prendre le dessus. Nous avons tant à gagner !
Gil et John Decaen. 15 01 2019

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