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Du sexisme inclusif

Annick Stevens

mercredi 3 octobre 2018, par admi2

De plus en plus se répand l’idée que, pour lutter contre le sexisme et la domination masculine, il faut introduire partout l’écriture inclusive, c’est-à-dire écrire les noms et les adjectifs au pluriel avec les marques grammaticales conjointes du masculin et du féminin. Je voudrais qu’on réfléchisse sans préjugé au bien-fondé de cette pratique et à ses effets.


Du sexisme inclusif

Il semble au premier abord évident qu’en mentionnant systématiquement les deux genres grammaticaux on évite d’exclure ou de discriminer l’un des deux sexes. Cependant, par rapport à la pratique héritée qui consiste à désigner par un seul terme au pluriel l’ensemble des personnes qu’on vise, l’écriture inclusive introduit une dichotomie y compris dans des groupes mixtes où la différence sexuelle n’est pas pertinente. Considérée de ce point de vue, c’est la pratique héritée qui est inclusive et l’opposition binaire qui est exclusive.

L’effet réel de l’écriture dite inclusive et des autres énoncés dichotomiques, c’est qu’à tout instant on divise en deux l’humanité sur la seule base du sexe biologique. Quand on écrit « les lecteurs.trices », « les travaileur.euses » ou « les ami.e.s », et de même quand on dit « les lecteurs et les lectrices », « les travailleurs et les travailleuses », « les amis et les amies », on rappelle constamment à chacun que, quoi qu’il fasse et qui qu’il soit, il est marqué par sa catégorie sexuelle. Bien plus, on laisse entendre que les activités de lire, de travailler ou d’aimer ne sont pas les mêmes lorsqu’elles sont faites par un homme ou par une femme. On charge sexuellement le langage pour parler de choses qui ne sont pas sexuées mais qui sont communes à l’humanité, et de ce fait on introduit dans l’humanité une coupure fondamentale, omniprésente, inéluctable. Le procédé obtient dès lors l’inverse de son intention : il conforte l’idée réactionnaire selon laquelle un individu est déterminé en tout premier lieu par son sexe, la différence sexuelle se répercutant sur toutes les capacités, comportements et réalisations des individus.

Le problème linguistique

Jusqu’à il y a peu, on n’avait aucun problème à désigner un groupe par un pluriel grammaticalement masculin parce qu’on savait très bien que, par défaut, ce pluriel est mixte (et non pas neutre, c’est-à-dire ni l’un ni l’autre) et que, si l’on veut désigner un groupe exclusivement masculin, c’est alors qu’on doit ajouter une précision. Or, en répandant la pratique des énoncés dichotomiques, on génère un doute et un besoin de précision dans des énoncés que jusqu’ici on comprenait immédiatement comme inclusifs par défaut. On est en train de créer l’impossibilité de parler de l’humanité comme une.

Certains inversent le procédé en utilisant les féminins grammaticaux pour exprimer le pluriel mixte et en comptant sur l’effet de surprise pour « rendre visible » une domination qui serait dissimulée. Mais quel est l’intérêt de faire exprimer le mixte par un genre grammatical plutôt que par l’autre ? Si le langage avait effectivement un effet de domination, à quoi servirait-il d’inverser cette domination ?

Il n’est pas impossible que, historiquement, l’instauration du masculin comme pluriel mixte ait été liée à la domination masculine dans les sociétés de l’époque. Encore faudrait-il qu’une étude linguistique approfondie détaille toute la variété des expressions du pluriel mixte dans les milliers de langues du monde et établisse une relation claire entre le sexisme dans la langue et le sexisme dans la société. Autant dire que ce n’est pas pour demain. Mais on peut déjà observer, si l’on considère les langues les plus anciennes que nous connaissions dans le groupe indo-européen, que le rapport entre l’évidente domination masculine dans ces sociétés et la prévalence du genre grammatical n’est pas direct et univoque. Dans ces langues à déclinaisons, certains cas ont une seule forme de pluriel, commune pour le masculin, le féminin et le mixte, et dans ces cas la précision sexuelle, si elle est nécessaire, est donnée par le contexte ou par un terme supplémentaire. Au cours de la disparition des déclinaisons, les cas morphologiquement sexués ont été sélectionnés, entraînant la généralisation du masculin comme pluriel mixte ; or cette évolution ne reflète pas une intensification du sexisme dans ces cultures. Par ailleurs, les Grecs du Ve siècle avant notre ère s’interrogeaient déjà avec perplexité sur l’origine des trois genres grammaticaux (masculin, féminin et neutre), qui, pour la plupart des mots, n’ont aucune justification. Pourquoi estimer dès lors que la langue reflète fidèlement l’état d’esprit d’une culture, alors qu’elle n’est pas une institution établie par des décisions conscientes et volontaires mais un processus évolutif dont les usagers ignorent l’origine des particularités morphologiques ?

Certes, rien n’empêche d’intervenir volontairement dans ce processus dans un but précis, comme on le fait d’ailleurs par la fixation de l’orthographe et l’officialisation d’un bon usage. S’il était avéré que des usages linguistiques ont un effet sur les structures sociales, il serait tout à fait recommandé de les orienter dans le sens qu’on estime juste socialement. Mais est-ce vraiment le cas ? Et surtout, à quel degré par rapport aux autres facteurs de domination ?

Le problème de la domination

On prend pour preuve de la domination par la langue la fameuse règle « le masculin l’emporte en grammaire ». Certaines personnes témoignent qu’elles ont vécu l’apprentissage de cette règle comme une oppression. J’en ai un tout autre souvenir. Chaque fois qu’on évoquait cette règle, à l’école primaire, les instituteurs et les élèves des deux sexes disaient : « le masculin l’emporte… en grammaire ! » en insistant sur les derniers mots avec force regards complices et ironiques, et il n’aurait pas fallu qu’un gamin prétende l’emporter à d’autres égards. Loin donc d’avoir un effet de domination, la règle était l’occasion de réaffirmer que ce qui était vrai en grammaire ne l’était pas ailleurs et qu’il n’était pas question de tolérer quelque discrimination que ce soit.

Si même on admettait que le pluriel masculin puisse avoir un effet encourageant sur la discrimination sexiste, de quel poids cette règle grammaticale pèserait-elle par rapport à ce qu’il reste de domination masculine dans nos sociétés ? Soutiendra-t-on sérieusement que la grammaire est un élément important dans le maintien du « plafond de verre », dans les violences faites aux femmes, dans la tentation toujours renouvelée de justifier « scientifiquement » des aptitudes différentes entre les sexes ? Il est bien plus manifeste que l’exigence d’une écriture inclusive et l’exacerbation du débat qu’elle suscite détournent l’attention de facteurs de sexisme beaucoup plus déterminants et empêchent d’y réfléchir de manière plus sereine, plus intelligente, et par suite plus efficace.

Pour toutes ces raisons je pense que le féminisme dans ce combat se trompe de cible et laisse ses véritables ennemis bien tranquilles. Plus grave encore, il se retourne contre lui-même en réalisant ce qu’il prétend vouloir abolir, la coupure de l’humanité en deux groupes opposés. Personnellement, je refuse d’être rangée dans une catégorie dichotomique qui se superpose à toutes les autres même quand la distinction n’a rien de pertinent pour la question. Je suis très contente d’être une femme, mais je suis aussi des milliers de choses indépendantes du fait d’être une femme et je ne veux pas qu’on leur appose un signe féminin qui les oriente alors qu’elles ne le sont pas.

Agacée par la vitesse de diffusion de l’écriture inclusive dans les milieux « bien- pensants », j’ai voulu faire circuler quelques arguments qui en montrent les effets pervers, pour les mettre à la disposition de toutes les personnes qui n’osent plus se dérober à ce procédé par crainte d’être considérées comme réactionnaires, conservatrices, cramponnées à leur privilège pour les hommes et à leur sujétion pour les femmes. Je revendique le caractère conventionnel de la langue et j’insiste sur l’urgence de mener une réflexion approfondie sur la lutte contre toutes les dominations, en commençant par identifier leurs véritables causes.

Annick STEVENS

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4 Messages

  • Du sexisme inclusif

    11 octobre 13:34, par Catherine

    Bonjour. Je me trouvais justement dans le doute concernant cette écriture "inclusive", me demandant si par hasard je n’étais pas devenue réactionnaire mais je ne parvenais pas à clarifier ma pensée concernant ce phénomène qui, aussi, m’agaçait. Il me paraît également que la lutte est ailleurs et que ces obsessions "titilleuses" ne sont qu’un paravent. Alors merci !

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  • Du sexisme inclusif

    18 octobre 18:28, par Françoise

    Je comprends, et partage même, certaines de tes critiques concernant l’écriture inclusive ou ses effets, Annick, et surtout l’usage que certaines personnes peuvent ou veulent en faire. Néanmoins, je trouve ta présentation du « débat » qu’elle suscite quelque peu réductrice voire légère par certains aspects. Ainsi, tu as de la chance si tu as vécu à l’école l’inculcation de la règle grammaticale « le masculin l’emporte sur le féminin » de façon aussi cool que tu le racontes – avec « des regards complices et ironiques entre instituteurs et élèves des deux sexes ». Pour beaucoup de filles, si elle n’a pas forcément été un moment insupportable, elle n’a pas non plus été l’occasion de réaffirmer, comme tu le dis, que ce qui est vrai en grammaire ne l’est pas ailleurs et qu’il n’est pas question de tolérer quelque discrimination que ce soit. Je pense qu’il ne faut pas exagérer l’importance ni l’impact de cette « victoire » grammaticale du masculin sur le féminin, mais pas non plus les minimiser.
    Ainsi que tu le remarques, « il n’est pas impossible que, historiquement, l’instauration du masculin comme pluriel mixte ait été liée à la domination masculine dans les sociétés de l’époque », mais le démontrer impliquerait une étude linguistique approfondie de milliers de langues qui n’est pas réalisable à court ou moyen terme. On ne peut établir aujourd’hui de façon certaine qu’il y a
    « une relation claire entre le sexisme dans la langue et le sexisme dans la
    société », ni que « des usages linguistiques ont un effet sur les structures
    sociales ». Pour autant, je ne crois pas qu’on puisse affirmer catégoriquement avec toi qu’auparavant « on n’avait aucun problème à désigner un groupe par un pluriel grammaticalement masculin parce qu’on savait très bien que, par défaut, ce pluriel est mixte (et non pas neutre, c’est-à-dire ni l’un ni l’autre) ». C’est au contraire en réaction à ce pluriel masculin posé comme englobant le féminin « par défaut » qu’il a paru nécessaire à des femmes en mouvement et des intellectuelles féministes de faire ressortir la part de féminin « invisibilisé » qu’il pouvait contenir – que ce soit dans une mobilisation sociale, une famille, ou dans n’importe quel autre groupe humain, et que l’on parle d’événements historiques ou contemporains. S’interroger sur, ou contester, le choix du pluriel masculin – son bien-fondé et ses conséquences – pour désigner un groupe des deux sexes découle logiquement des analyses sur la domination masculine. Parce que le langage n’est évidemment pas neutre – voir l’usage que fait la classe politique des mots « terroriste », « démocratie », « populisme »… Et c’est bien parce qu’il est politique qu’on a envie de se le réapproprier et de l’utiliser à notre guise.
    Selon moi, l’écriture inclusive peut contribuer à ne pas oublier un sexe sur deux davantage qu’à « diviser en deux l’humanité sur la base du sexe biologique ». Mais il ne s’agit pas, en y recourant, de rappeler « constamment à chacun que, quoi qu’il fasse et qui qu’il soit, il est marqué par sa catégorie sexuelle », comme tu le crains : il s’agit de rappeler à tout le monde que… tout le monde existe (que, dans un groupe militant dont on parle il y a des militantes, et de même pour les travailleurs et travailleuses, les amis et les amies…). Cela ne signifie en rien « que les activités de lire, de travailler ou d’aimer ne sont pas les mêmes lorsqu’elles sont faites par un homme ou par une femme ». Ou encore qu’« un individu est déterminé en tout premier lieu par son sexe » – idée effectivement réactionnaire et à combattre – et que « la différence sexuelle se répercut[e] sur toutes les capacités, comportements et réalisations des individus ».
    L’écriture inclusive n’est à mes yeux qu’un outil utilisable avec d’autres (comme la féminisation des mots) pour rendre plus visible la place des femmes dans la langue et dans la société – ce n’est pas un enjeu politique ou personnel fondamental en soi, et moins encore une nouvelle règle sur laquelle s’écharper. Car, quand on est féministe et révolutionnaire – donc contre le système patriarcal et capitaliste –, on ne se contente pas d’un « combat » sur le terrain linguistique – d’autant que celui-ci agite pour l’essentiel les sphères politiques et intellectuelles. La lutte contre l’oppression patriarcale et contre l’exploitation capitaliste implique bien d’autres objectifs que l’intégration dans un pluriel grammatical du féminin au côté du masculin, parce que modifier la façon d’écrire, ou de parler, ne changera pas fondamentalement les structures ni le fonctionnement de la société. L’écriture inclusive est, c’est vrai, tout à fait récupérable par le système, on le voit d’ailleurs actuellement – tant qu’on parle de ça, on ne parle pas de la situation sociale, hein. Elle peut se réduire à une pratique élitiste de certains milieux (en particulier universitaires, et parfois militants) ; permettre à qui possède les bons codes de s’exprimer de façon politiquement correcte… mais aussi d’utiliser ces codes comme un pouvoir contre d’autres, qui n’appartiennent pas aux mêmes classes sociales et ne les maîtrisent pas. Enfin, elle peut leurrer en laissant sous-entendre une égalité hommes-femmes qui n’existe pas.
    Ainsi que tu le soulignes, la grammaire ne pèse donc pas d’un grand poids sur ce qu’il « reste de domination masculine dans la société » (qui est quand même encore un sacré gros « reste » !). Néanmoins, ton affirmation : « L’exigence d’une écriture inclusive et l’exacerbation du débat qu’elle suscite détournent l’attention de facteurs de sexisme beaucoup plus déterminants et empêchent d’y réfléchir de manière plus sereine, plus intelligente, et par suite plus efficace » me semble à nuancer car ce sont les médias et les personnalités politiques et universitaires qui ont focalisé l’attention sur ce sujet. Dans les milieux militants auxquels j’appartiens, il ne fait pas perdre de vue la dénonciation des violences faites aux femmes, ou les revendications d’une égalité salariale et du partage des tâches ménagères entre les sexes. En revanche, pointer les marques de sexisme pour tenter de mieux intégrer les femmes dans la société par davantage de représentativité et de parité n’est pas notre objectif : le nombre de cadres et chefs d’Etat femmes nous importe peu, et les patronnes ne sont pour nous pas mieux que les patrons, c’est la destruction de la société existante que nous visons.
    Françoise

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  • Du sexisme inclusif

    18 novembre 00:11, par Flo

    Merci à Annick Stevens de me donner l’occasion de m’exprimer sur un sujet que j’avais envie d’aborder depuis longtemps, mais qui semblait complètement tabou tellement il était devenu consensuel. J’ai été agréablement surprise par cet exposé rationnel, simple, honnête, qui aborde tous les aspects du problème, y compris pratiques, et compréhensible par tous les milieux. A côté, la réponse de Françoise est idéologique et reflète le consensus militant imposé aujourd’hui.

    Ce consensus s’appuie sur un postulat loin d’être démontré : la corrélation entre l’oppression de la femme et le langage. Toutes les civilisations industrielles sont sexistes à des degrés divers, mais certaines distinguent les genres et d’autres pas. Quelles conclusions pouvons-nous en tirer ? Juste que les deux problèmes ne sont pas forcément liés ! Avec la langue anglaise les problèmes de genre ne se posent pas, mais pouvait-on en attendre que Trump ou Weinstein soient moins sexistes que Zemmour ou Berlusconi ? Bien sûr que non ! A-t-on fait des progrès dans ce domaine dans le milieu militant depuis que l’écriture inclusive s’y est imposée ? Certainement pas ! Le fait que ce soit des mecs parmi les plus virulents et les plus inconditionnels de l’écriture inclusive montre plutôt qu’il y a une grande mobilisation sur un problème secondaire pour éclipser les problèmes de fond. Une façon de se déculpabiliser à bon compte pour nombre d’hommes et une sorte de revanche sur les oppressions passées pour certaines femmes.

    Il a fallu des siècles pour façonner les langues que nous connaissons, et il est illusoire d’essayer de les transformer d’un seul coup, comme si on pouvait gommer ça avec une simple volonté politique. La féminisation de plusieurs mots mots se fait régulièrement, et c’est une bonne chose, mais l’écriture incursive et une aberration.

    Prenons le cas du langage parlé : on peut écrire militant-e-s en parlant d’un groupe de personnes, mais comment le prononcer sinon en le féminisant systématiquement, ce qui ne fait qu’inverser le problème. La même chose pour la plupart des mots du langage militant. Le summum a été atteint avec des expressions comme « sans-papierEs » ! Une chose est améliorer une langue dans un sens moins sexiste, autre chose est l’enlaidir pour arriver à ses buts tout de suite. L’écriture incursive dans une affiche ou un tract, ça passe encore si c’est pas trop long. Sur un article, c’est assez pénible. Mais essayez donc d’écrire un bouquin ou même une poésie. Une poésie qu’on ne pourrait même pas réciter ! On pourrait essayer, après tout quelqu’un a bien écrit un bouquin entier sans la lettre « e », mais ça reste au niveau de la performance, sans aucun intérêt politique. Le féminisme mérite mieux que ça.

    Si on veut vraiment abolir le langage sexiste tout de suite, il vaut mieux créer une nouvelle langue que de torturer l’ancienne (comme ont voulu le faire les espérantistes en inventant une langue universelle). Ou alors tout le monde passe à l’anglais.

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    • Du sexisme inclusif 2 décembre 14:03, par Françoise

      Dans ma réponse à Annick, j’avais plus relativisé sa présentation des choses que je ne m’étais opposée à ce qu’elle exprimait.
      Flo formule avec d’autres mots et sur un autre ton les réserves que j’ai émises au sujet de l’écriture inclusive – les problèmes que celle-ci pose et « l’usage que certaines personnes peuvent ou veulent en faire ». Et elle a raison de mettre en relief la difficulté de lecture et l’« enlaidissement » qu’une telle écriture est susceptible d’engendrer quand on l’utilise à outrance, jusqu’à la caricature et l’aberration.

      A partir de nos critiques ou réserves communes, Annick et Flo rejettent l’écriture inclusive alors que j’y recours… quand je ne parviens pas à indiquer autrement la présence de femmes dans un contexte donné. Certes, il est souvent possible d’y arriver par d’autres biais, mais parfois cette option-là alourdit les phrases et on se retrouve devant l’alternative : que privilégier, le plus léger ou le moins laid ?
      Je ne vise en tout cas pas plus à faire imposer de nouvelles règles d’écriture que la réécriture de la littérature existante. Mais les langues évoluent avec le temps, et c’est heureux. S’il « a fallu des siècles pour façonner les langues que nous connaissons », comme le souligne Flo, et s’« il est illusoire d’essayer de les transformer d’un seul coup », ce sont les changements sociaux et les pratiques courantes qui finissent par inciter l’Académie à intégrer de nouvelles règles ou de nouveaux termes (ainsi, la féminisation des métiers) ; et comme cette Académie a tendance à figer la langue parce qu’elle sert l’ordre social, il faut toujours la pousser pour lui faire accepter des changements – notamment pour « améliorer une langue dans un sens moins sexiste ».

      Il est vrai que certains termes de l’écriture inclusive ne sont pas toujours évidents à faire passer à l’oral (voir les « militant-e-s » de Flo), mais des mots déjà existants demandent parfois aussi à être précisés dans le langage parlé. Par exemple « amies » pour désigner les femmes avec qui on a des liens d’amitié : il faut ajouter « femmes », insister sur le « e » d’ « amies », etc., pour faire comprendre qu’il n’est pas question là des « amis » hommes et femmes, ou hommes seulement.

      Quoi qu’il en soit, si se dire « contre le système patriarcal et capitaliste » est « idéologique », j’accepte le terme car pour moi l’antipatriarcat et l’anticapitalisme ne sont pas des gros mots. Par ailleurs, je ne crois vraiment pas « refléter le consensus militant imposé aujourd’hui », mais j’en resterai là de ce petit débat – et, pour rire un peu, on lira les explications que donne le Petit Larousse sur le genre et l’accord du mot « GENS » :

      • nom féminin. Littéraire ou ironique. Race, espèce : La gent féminine.
      Ce vieux mot (latin gens, gentis → gens) n’est plus employé que dans la langue littéraire ou, par plaisanterie, dans l’expression la gent féminine (= la « race » des femmes). La gent trotte-menu, la gent marécageuse (La Fontaine) : les souris, les grenouilles.

      • nom masculin pluriel. Le mot gens est particulièrement capricieux quant au genre. L’adjectif (ou le participe) s’accorde avec lui selon les règles suivantes.
      1. Gens immédiatement précédé d’un adjectif épithète. Lorsque l’adjectif épithète précède immédiatement gens, il est au féminin : de vieilles gens, de bonnes gens.
      2. Gens précédé d’un adjectif apposé. Lorsque l’adjectif qui précède gens en est séparé par une virgule, il est au masculin : confiants et naïfs, les gens le croient.
      3. Gens précédé de deux adjectifs dont le second se termine aux deux genres par un e muet. Lorsque gens est précédé de deux adjectifs dont le second se termine aux deux genres par un e muet, le premier adjectif est au masculin : de vrais braves gens ; ces prétendus honnêtes gens nous ont trompés.
      4. Gens suivi d’un adjectif. Lorsque l’adjectif suit gens, il est au masculin : des gens bruyants ; des gens intelligents.
      5. Tous, toutes précédant gens. Lorsque gens désigne des personnes déterminées, il est précédé de tous au masculin : tous ces gens ; tous les gens sensés. En revanche, c’est toutes, au féminin, qui précède gens quand il en est séparé par un adjectif dont le masculin se distingue du féminin par l’absence d’e muet : toutes les bonnes gens qui nous ont aidés.

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