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Côté parents, la Loire-Atlantique à contretemps.

vendredi 30 mai 2008, par Courant Alternatif


Dans le 44 les mobilisations contre la
LRU cet automne ont été particulièrement
virulentes, du fait d’une
mobilisation lycéenne importante en
novembre à Nantes comme à Saint-
Nazaire, et une agitation non négligeable
sur la fac de Nantes.
Rien de bien surprenant, compte tenu
du niveau de mobilisation que le département
avait connu lors des mouvements
lycéens et étudiants contre le Contrat
première embauche, ni même au regard
des mobilisations anti-Sarkozy qui
s’étaient poursuivies jusqu’en juin à
Nantes, avec des forums hebdomadaires
tenus sur l’une des principales place de la
ville, après les quelques chaudes soirées
de l’immédiat second tour de la présidentielle.
Cependant à Nantes, les lycéens
furent victimes d’un double niveau de
répression.Tout d’abord la violence sans
retenue des troupes policières qui n’hésitèrent
pas à mutiler l’oeil un lycéen à
coup de flashball lors d’une manifestation
tranquille dans les jardins du rectorat
le 27 novembre. Et ensuite la passivité
du monde enseignant et de ses instances
syndicales, incapables de se solidariser
de ce mouvement pourtant jugulé par
des répressions administratives (interdiction
de réunion dans les lycées, instrumentalisation
de groupes de parents
contre les blocus, sanctions ciblées sur
les lycéens grévistes), et qui choisirent de
l’enterrer lors d’une manifestation silencieuse
de protestation contre les violences
policières.
Autant dire qu’au sortir de l’hiver, la
situation n’était pas mûre pour un redémarrage
d’une lutte dans le secondaire.
C’est donc du côté des écoles primaires
que les choses se sont débloquées
progressivement, en mars-avril. L’annonce
des réformes Darcos dans le primaire
(suppression du samedi matin,
nouveaux programmes scandaleusement
réactionnaires, stages de rattrapages
pour les élèves signalés en difficulté pendant
les vacances, suppression des
réseaux d’aide, menaces sur l’école
maternelle…) qui venait s’ajouter à un
manque cruel de postes consécutif aux
compression de personnel enseignant.
D’assemblée générale, en journée d’action,
les choses se sont peu à peu
construites, par un travail de sensibilisation
des professeurs des écoles, mais
aussi en direction des parents d’élèves.
Plusieurs facteurs expliquent ce travail
de sensibilisation.Tout d’abord l’histoire
récente ! En 2002, le primaire a
connu une mobilisation de 3 mois de
grève, « la lutte des 500 postes », qui a
soudé des équipes militantes sur le
département, et construit des liens entre
parents et enseignants. Ce mouvement a
gagné, et à l’image de ce qui s’était passé
en Seine Saint Denis en 1998, le mouvement
a obtenu ses 500 postes d’instit sur
un plan de rattrapage en 3 ans. Un mouvement
victorieux, ça laisse des traces, et
surtout l’envie de gagner encore.
Ensuite, les équipes militantes sont
diverses et variées. Le SNUIPP, syndicat
de la FSU majoritaire dans le premier
degré, est sans doute un peu moins mollasson
qu’ailleurs. Il a du moins suffisamment
de sens de l’action pour estimer
le niveau d’exaspération de la base
et ne pas se griller auprès de son électorat,
ce qui impose par ricochet à l’intersyndicale
du primaire de tenir compte de
ce qui s’exprime dans les assemblées
générales, même s’il y a encore fort à
faire avant que de parler de démocratie
directe. Le 44, c’est aussi un bastion de la
pédagogie Freinet, avec un groupe départemental
de l’ICEM (Institut coopératif de
l’école moderne) qui anime un réseau
d’instits qui persistent à allier pratiques
pédagogiques et émancipation des
classes populaires. Ainsi en mars, le discours
d’ouverture du salon national de la
pédagogie Freinet qui se tient à Nantes
depuis 20 ans, était une véritable déclaration
de combat contre l’école de la
ségrégation sociale concoctée par Darcos
et consorts, ce qui n’est pas anodin dans
le contexte. Car alliés à ce qu’il reste de
syndicalisme révolutionnaire enseignant
dans les réseaux de l’Ecole Emancipée ou
de l’Emancipation Syndicale et Pédagogique,
tout ce petit monde compose un
petit milieu qui ne laisse pas complètement
le champ libre aux bureaucraties
syndicales. Ensuite du côté des parents
d’élèves, la FCPE, a également une
implantation qui dépasse le cadre trop
habituel des lobbies de parents consommateurs
éclairés d’école dans l’intérêt de
leurs enfants. Attisés par une concurrence
de l’enseignement confessionnel
dans la région, les parents FCPE ont un
ancrage militant très sensible sur la
question de l’éducation pour tous et la
défense de l’école publique.
C’est un peu de tout cela qui explique
que, immédiatement après la manifestation
de la fonction publique du 15 mai,
un certain nombre d’écoles sont parties
dans des mouvements de grèves reconductibles.
Avec des enseignants grévistes
bientôt rejoints par des parents qui occupent
les écoles, n’y envoient pas leurs
enfants, organisent l’accueil des mômes
dont les parents travaillent, multiplient
les réunions d’informations ou les
actions de popularisation d’une lutte
centrée sur 2 mots d’ordres : « 200
postes pour les écoles de Loire Atlantique,
retrait des mesures Darcos ». Au
matin de la manifestation du 24 mai, ce
sont plus de 100 écoles sur les 580 du
département qui étaient touchées par
des mouvements d’occupation par les
parents, sans que d’ailleurs les enseignants
y soient toujours en grève.
De ce fait, la manifestation de Nantes
de ce samedi 24 mai regroupa plus de
10.000 personnes (6500 selon la police)
sous une pluie battante, soit la moitié des
personnes mobilisées nationalement…
Cette situation pose un certain
nombre de questions. Qu’on fait les
structures nationales appelant à la mobilisation
dans les autres départements,
pour ne pas réussir à populariser un
mouvement de défense de l’école primaire
face à la destruction de l’école
publique primaire programmée par Darcos
 ? Quels débouchés pour cette lutte
en Loire-Atlantique, si les relais nationaux
ne s’établissent pas, dans la mesure
où il est bien question d’affronter une
politique nationale, et non pas sa déclinaison
locale ?
La grève reconductible perdure pour
la semaine à venir dans le département,
et même si les mouvements de parents
sont encore en phase ascendante, l’épuisement
commence à poindre chez les
instits, bien qu’un certain nombre
annoncent leur volonté de poursuivre le
mouvement sous forme de grève perlée
jusqu’en juin.
Il est clair qu’un département isolé
n’arrivera pas à contrer l’offensive gouvernementale,
pas plus que l’école seule
n’arrivera à contrecarrer la volonté de la
bourgeoisie de la réduire à une entreprise
de normalisation des esprits et de formatage
des individus. C’est aussi ce qui
est en train d’émerger dans ce mouvement,
ce qui contribue à une politisation
rapide, et qui est potentiellement explosif
pour la suite…


Un parent très occupé
Saint Nazaire
25 mai 2008

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