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Extrait de Courant Alternatif 263 d’octobre 2016

Le postmodernisme, une mode qui sape la critique sociale ?

Intervention de Renaud Garcia

lundi 17 octobre 2016, par ocl-lyon

Les théories postmodernes doivent être critiquées, pas uniquement pour le plaisir de la joute intellectuelle. Ces idées à la mode exercent une réelle capacité d’influence dans les milieux altermondialistes, autonomes et alternatifs en nous proposant de passer d’une critique de l’exploitation, d’une critique du pouvoir qui s’exerce sur les exploités, à une critique des normes : la critique sociale revient alors à déconstruire toute norme, à desserrer l’« étau » des règles de vie collectives, ce qui conduit logiquement à une recherche frénétique de la singularité, à une sorte d’exode pour échapper à toute contrainte. D’un anarchisme social, lié à la lutte des classes on passe ainsi à un « anarchisme mode de vie » déjà critiqué en son temps par Bookchin.
Renaud Garcia, auteur du Désert de la critique (Paris, L’Échappée 2015), dans lequel il montre en quoi les théories de la « déconstruction » sapent la critique sociale, encouragent la marchandisation et le déferlement technologique et conviennent parfaitement à une société libérale et atomisée, est venu présenter son livre et animer un débat lors des rencontres libertaires de l’été organisées par l’OCL.


Le postmodernisme est un courant de pensée qui peut être assimilé à une mode intellectuelle qui a migré de l’université et des sphères « radicales-chic », à certains courants de gauche qui peuvent fricoter avec le gouvernement mais aussi qui se réclament de l’anticapitalisme (Clémentine Autain, le NPA ou certains milieux anarchistes), en s’orientant vers une certaine critique tous azimuts de la domination.

Définition a minima

Si le terme de postmodernisme est très marqué au niveau universitaire il demeure quand même assez flou. Par exemple Fredric Jameson, un universitaire marxiste américain analyste de la pensée postmoderne, conclut après 600 pages que cette dernière n’est pas quelque chose que l’on peut fixer une fois pour toutes et qu’il est par conséquent difficile de la définir. Il précise simplement que selon lui il s’agit d’une logique culturelle liée à un capitalisme tardif : avec la fin de l’étalon or, l’hégémonie culturelle américaine se met en place entre 1945 et 1973. Le sens des choses, des productions humaines est alors dilué dans le fétichisme de la marchandise avec un effet de fausse distanciation. Les premières manifestations de ce post modernisme, on les trouve dans l’architecture et on note une collusion entre l’art qui accepte sa propre marchandisation (Andy Warhol) et le commerce.

Mais au delà de ce flou il y a quand même trois thèmes récurrents : Le simulacre, l’absence de l’Histoire, et la Vie intense.
Premièrement, à peu près tout ce qui nous entoure relève du simulacre. Le simulacre c’est ce qui imite… une copie dont l’original va disparaître. Par exemple, une chanson à l’origine folklorique, reprise ensuite sur un vinyl puis sur CD, puis sur MP3… au bout du compte l’original a disparu, on n’a plus que des reflets. Et s’il n’y a plus que des simulacres il n’y a plus de références, s’il n’y a plus de références, il n’y a plus que de la parodie sans référent ultime.
Le deuxième point est qu’il n’y a plus d’histoire, c’est une mode intellectuelle qui ne pense que le présent.
La troisième idée est que les émotions relèvent toutes de l’intensité, et qu’il y a des sentiments qui deviennent inadéquats à la réalité postmoderne. Jameson analyse le cri, le tableau de Munch, et dit que ce tableau qui exprime l’aliénation et l’angoisse face au monde moderne ne pourrait plus être peint dans un monde post moderne car il exprime des sentiments qui ne s’y retrouvent plus (sentiment d’être aliénés, angoissés face à des puissances détachées). On est simplement face à une vie intense, l’euphorie est le sentiment premier de la postmodernité.

Ces trois fondements sont liés à l’essor des nouvelles technologies, dans un monde de reflet et de spectacle (dans le sens de Debord).

Le discours de la french theory

Le discours et les thèses d’un certain nombre d’universitaires français des années 1970 (Derrida, Foucault, Deleuze et Guattari, etc.) se sont exportés aux USA, où ils sont devenus des icônes dans les facs de lettres, puis sont revenus en France sous forme d’appareil critique dont vont s’emparer les milieux de gauche, notamment à la suite de l’effondrement du bloc soviétique.

Selon Derrida (en quelque sorte le dépositaire du mot déconstruction) toute référence stable, toute origine est une illusion, tout est en fait construit. Ce qu’on prend pour une origine est un effet de répétition où on a oublié ce qui était divergent, mineur, potentiellement perturbant pour la norme. Derrida s’attaque essentiellement à des textes philosophiques, de manière très intellectuelle, puis il étend la critique aux institutions. Par exemple, on habitue les gens à être carnivore, ce qui n’est pas anodin car c’est lié à une conception de la subjectivité en Occident : un sujet bourgeois maître de lui-même, qui ingurgite ce qui n’est pas lui, qui absorbe la différence et s’institue comme maître par rapport à toutes les expressions de la faiblesse (l’enfant, la femme, l’animal). La philosophie occidentale a construit un sujet essentiellement masculin, viril, carnivore etc. qui a toujours mis de côté les figures de la fragilité et de la faiblesse.

Deleuze et Guattari nous disent, entre autres choses reprises dans les milieux libertaires, que comprendre un texte n’est pas essentiel. L’important c’est de sentir qu’on se connecte avec lui et ensuite on l’interprète comme on veut.

Quant à Foucault, tout dans son œuvre touche à la déconstruction, sans qu’il s’en revendique lui-même, comme sa théorie du pouvoir dans ses études sur la prison ou dans La volonté de savoir. Il estime que le pouvoir a été mal compris par les marxistes et par les anarchistes au premier chef. Ces derniers auraient une conception rudimentaire du pouvoir : c’est l’Etat (ou le capital) et il s’exerce de manière verticale sur les individus qui auraient une capacité et des potentialités de s’y opposer en s’alliant collectivement et en menant une lutte au nom de principes abstraits du type plus de justice, plus de liberté. Selon Foucault quand on est dans ce schéma on est dans l’erreur car on alimente la domination qu’on subit parce que le pouvoir ce n’est pas quelque chose d’extérieur à nous, il nous traverse, on est produit et construits par lui et c’est donc un leurre de vouloir s’opposer à l’Etat ou au capitalisme au nom de potentialités qui seraient réprimées… impossible parce qu’il n’y a rien d’autre à retrouver en dehors du système.

C’est typiquement ce que signifie Jameson lorsqu’il dit que « la distance a été abolie dans l’espace du post modernisme », autrement dit la possibilité de se mettre à l’écart en ayant un point de référence qui permette d’organiser un critique sociale et culturelle. Par exemple, une critique de type écologique va prétendre que dans la nature il y a des choses à préserver qui valent le coup d’être défendues face à la société industrielle ou au capitalisme. Selon les postmodernes ça veut dire que vous préservez une référence critique extérieure et que donc ça ne peut marcher (ne serait-ce que parce qu’il n’existe quasiment plus de portions de « nature » qui n’ait été contaminée par l’activité humaine). Si vous dites que l’inconscient et le psychisme sont détruits ou déséquilibrés par la société actuelle, à leurs yeux ça ne marche pas car ils disent que tout ça a déjà été colonisé par la société dans laquelle on vit. Foucault nous dit que nous sommes pris, englobés dans quelque chose qui nous dépasse et dont nous sommes les produits.

Jusque là on reste au niveau de la théorie, du discours philosophique. Le problème est que la théorie va se diffuser et animer tout un milieu de lutte et l’on passe ainsi concrètement d’une critique de l’exploitation et de l’aliénation (1) à une critique généralisée de la domination, terme qui revient constamment dans leurs écrits.

Or, quand je suis dominé (selon l’acception du terme utilisée par la déconstruction), il y a en moi un aspect de ma singularité qui n’est pas reconnu et je suis face à des individus qui bénéficient de privilèges par rapport à moi. Par exemple les omnivores exercent une domination sur l’animal, un vegan porte dans sa singularité la lutte contre cette domination. Un hétérosexuel ou un homosexuel obéissent autant l’un que l’autre à un régime sexuel établi et normé. On peut considérer qu’ils portent en eux une domination ; ceux qu’on appelle les queers (au départ une insulte signifiant « bizarre », « louche », qui a été retournée contre les agresseurs) qui forment une partie d’un nouveau féminisme, considèrent que nous n’avons pas à passer par des orientations sexuelles codifiées mais qu’il faut tout le temps se réinventer en réinventant son genre (le genre est mouvant, plastique, sans référence). Même par la manière dont on se tient, comme un mec, comme une femme ou autre, on reproduit tout le temps notre genre comme sur une pièce de théâtre (cf. Judith Butler). Autre exemple la domination des blancs sur les non blancs (telle que le PIR la considère) entre aussi dans ce schéma.

L’idée de mon bouquin c’est qu’à partir de ces conceptions, va se développer une méfiance vis-à-vis de tous les concepts qui permettent de mener une lutte englobante et commune. La critique sociale se singularise. Par exemple on va se méfier du terme de nature. Ce qui est bien sûr souvent justifié, car quand on dit « c’est dans la nature », on valide pour une éternité les rapports sociaux. La question est de savoir jusqu’à quel point se méfier, car il y a un seuil qui est toujours franchi avec la déconstruction. Certes la déconstruction a mis en évidence des oppressions, pas seulement de classe, qui n’étaient pas toujours vues et prises en compte dans le cadre marxiste ou anarchiste. Mais cette critique poussée au delà de ce seuil conduit à diluer et à fragmenter les oppressions que nous subissons et qui devraient permettre de mener des combats communs. Ces multiples fragmentations peuvent se multiplier à l’infini autant qu’il y a de dominations.

C’est ainsi que naissent de nouveaux terrains contre la domination : le validisme (les gens en bonne santé sont privilégiés dans notre société), l’âgisme (Bonnardel sur la domination contre les enfants – de quel droit un adulte peut-il imposer quelque chose chose à un enfant). A Marseille il y a un café uniquement réservé aux queers sourds ! (Ces derniers en effet cumulent les dominations, et sont à l’intersection de plusieurs dominations.), etc.

Les effets

Nous arrivons là sur le terrain de la pratique.
Quand on veut déconstruire on lutte contre les essences et contre tout discours essentialiste. On considère que rien n’est naturel puisque construit. Par exemple il n’existe ni féminin ni masculin, il n’y a que des individus qui jouent le rôle de… (performatif dit Judith Butler)… chacun performe son genre chaque jour.
Le problème c’est que les déconstructionnistes reproduisent à l’infini des normes et des sous-catégories. C’est particulièrement visible dans le discours des indigènes de la république qui vont parler de Blancs, de non blancs, de Français de souche etc. Au nom d’un discours post colonialiste ils reproduisent des catégories dans un cycle qui n’a pas de fin. Et si vous critiquez ça vous allez être considéré comme quelqu’un qui veut maintenir la société et les dominations telles qu’elles sont et donc au choix totalitaire, réactionnaire ou fasciste.

C’est ce qui m’est arrivé à St-Jean du Gard où je présentais mon livre. Deux jeunes femmes m’ont interpellé me reprochant d’avoir mentionné qu’une des têtes pensantes du féminisme queer avait changé de sexe, ce qui était, selon elles, une notation de type homophobe et transphobe… Et je n’ai plus vraiment pu continuer la discussion avec d’autres personnes présentes et intéressées à d’autres questions…

Un autre exemple à Paris, une bibliothèque anarchiste La Discordia qui organisait un débat sur l’islamophobie (janvier 2016) a vu son local couvert de tags et sa vitrine cassée avec l’explication qu’y seraient véhiculées des théories racistes et homophobes et qu’elle serait donc une courroie de transmission des idéologies du pouvoir. C’est qu’ils refusent d’utiliser des concepts (comme islamophobie) issus du discours postcolonial issu lui-même des travaux de Foucault sur l’histoire et la race. Une position tout à fait justifiée car ce n’est pas une phobie de l’Islam qu’on a en France c’est tout simplement une phobie basique et bas du front de l’Arabe.

Prenons un extrait du livre Les blancs, les Juifs et nous de Houria Bouteldja : « ce sont les effets du patriarcat blanc et raciste qui exacerbent les rapports de genre en milieu indigène c’est pourquoi un féministe décolonial doit avoir comme impératif de refuser radicalement les discours et les pratiques qui stigmatisent nos frères et qui dans le même mouvement innocentent le patriarcat blanc. » Au bout du compte cela veut dire que si les autorités françaises arrêtaient de faire des contrôles au faciès, les frères non blancs se conduiraient de manière un peu plus respectueuse des femmes non blanches parce que ces dernières deviennent finalement le réceptacle de leur frustration… Cela conduit à légitimer la tolérance du viol… en milieu indigène !

Ce genre de raisonnement produit trois effets :
• Un effet psychologique qui est dévitalisant pour les militants… Ça devient épuisant car derrière tout ça il y a une course à la radicalité… Je cumule plus de dominations que toi et j’ai donc plus de légitimité à parler. Il existe en plus des injonctions à ne pas parler, à se mettre en retrait parce qu’on n’est plus légitime si on n’est plus en première ligne. Par exemple moi-même : je ne peux pas parler de ça puisque je suis blanc, relativement bien intégré, je suis prof, je suis un homme… on peut allonger la liste.
• Politiquement la déconstruction poussée à ce point n’est plus pertinente parce qu’on ne cherche pas à établir un front commun pour des revendications qui seraient universalisables (je ne dis pas universelles ce qui voudrait dire imposées dogmatiquement), que tout le monde pourrait reprendre ce qui est suspect à leurs yeux.
Les post anarchistes pensent ainsi que si vous proposez ne serait-ce qu’une esquisse de projet de société organisée différemment, vous êtes potentiellement un totalitaire parce que vous allez inévitablement vouloir conformer les gens au modèle prescrit. Ne valent que des expériences multiples et variées pour avancer à tâtons dans l’ici et le maintenant. Toute projection, ne serait-ce qu’utopique, est suspectée d’être dangereuse. Une approche qui finalement épouse assez bien le mouvement de fragmentation produit par le libéralisme.

• Enfin, le raisonnement postmoderne a pour effet de disqualifier une certaine critique sociale et culturelle en renvoyant les ouvrages comme le mien à des catégories dépassées de la modernité, à quelqu’un qui mène des combats d’arrière garde au nom de valeurs dépassées comme la lutte contre l’aliénation, les conflits entre classes sociales, l’exploitation. C’est ce que me reproche Tomas Ibanez qui considère que je ne sais pas appréhender la situation culturelle dans laquelle nous nous trouvons : un monde liquide, avec un maillage serré de nouvelles technologies et que j’applique une grille d’analyse déphasée. Pour lui l’avenir de la critique ce sont par exemple les hackers, ceux qui infiltrent les réseaux, qui vont épouser le mouvement de ce néo-libéralisme qui s’étend, pour le subvertir de l’intérieur.

A l’inverse je pense qu’il y a pas mal à faire en revenant vers les impensés de cette critique déconstructionniste, notamment un qui me semble majeur : l’idée que si tout est construit et si la nature ou une forme de nature résiduelle n’existe plus en nous alors tout ce qui nous vient de la technologie, de la haute technologie, qui nous permet de nous hybrider avec les machines est bienvenu car ça accélère notre désidentification, cette fascination de n’être jamais le même. Beaucoup d’auteurs déconstructionnistes sont assez enthousiastes vis-à-vis des prouesses techniques (Derrida ou Negri, qui appelle au transhumanisme). Quitte à passer pour ringard il serait bon de revenir au fait que la condition humaine est aussi une condition corporelle, que nous sommes des êtres incarnés qui ont besoin d’un certain milieu stable pour exercer leurs capacités. D’où la critique de la technologie et du monde artificiel de la marchandise et l’idée qu’on peut trouver des référents pour critiquer le système. En revenir à des gens comme Illich, Debord, Marcuse qui maintiennent l’idée toute simple qu’il y a des vrais besoins et des faux, alors que pour un déconstructionniste il n’y a pas de distinction entre les deux.

1. Pour les anars et les marxistes – l’aliénation c’est que je suis dépossédé de certaines formes de vie, dépossession dont certes je participe aussi, mais qui m’éloignent de certaines potentialités.


Après l’intervention de Renaud, une discussion a eu lieu. Nous en tirons quelques éléments qui peuvent contribuer au débat, tout comme le texte intitulé « Jusqu’ici tout va bien  ? » (voir ci-dessous).

De la déconstruction, de l’intersectionnalité et du postmodernisme

Contrairement au cochon tout n’est pas bon dans la déconstruction, l’intersectionnalité et le post modernisme. Il y a certes des bons morceaux. Certains ouvrent même des portes intéressantes pour la compréhension du monde comme il va, d’autres tendent à n’être qu’un ravalement d’évidences déjà anciennes. Mais il en est de franchement inconsommables pour les communistes libertaires que nous sommes.

Il n’est évidemment pas question de nier l’intérêt qu’il peut y avoir à comprendre ce par quoi nous sommes traversés. L’explosion sociale de mai 68 a, par exemple, ouvert des espaces qui ont permis l’émergence et la prise en compte de certaines oppressions qui ne relevaient pas d’une stricte et simplificatrice division en classes sociales au sens économique du terme, et qui n’avaient pas été suffisamment prises en compte, et parfois même niées, par le mouvement ouvrier traditionnel, marxiste ou anarchiste. C’est ainsi qu’à la fin des années 1960 et au début des années 1970, on discutait des rôles sociaux, de l’inné ou de l’acquis en abordant ce qui est devenu l’intersectionnalité mais en faisant ressortir l’exploitation capitaliste et la domination patriarcale. Le courant féministe portait la lutte des classes dans ces analyses (tout en refusant de considérer que les femmes étaient une classe sociale, du moins dans l’acception habituelle de ce terme). Mis à part quelques courants hippies, mystiques (qui ont toujours existé) ou anarchistes individualistes, il s’agissait sans doute de se changer soi-même (se déconstruire ?) mais tout en changeant la société.

Or les thématiques spécifiques qui enrichissaient l’ensemble il y a encore une quinzaine d’années sont devenues progressivement problématiques et ont débouché sur des rapports conflictuels entre les différents particularismes. On a pu constater cela aussi bien dans le mouvement des squats que dans celui dit des banlieues. A l’époque de la marche des beurs, en 1981, ce qui était dominant était la volonté de « vivre ensemble ». Dans les squats se côtoyaient, certes avec plus ou moins de bonheur, des gens marqués par des identités différentes.

Il s’est opéré une sorte de basculement vers l’envers de ce qui pouvait être le projet au départ. Au lieu d’un élargissement de la critique c’est une sorte d’interdiction de la critique appliquée à d’autres qui s’est mise en place. Par exemple une femme qui remet en question les présupposés de la déconstruction, sera au mieux accusée de n’être point une vraie féministe, au pire de n’être qu’une femme dominée par ses camarades masculins. Plus généralement la critique tend à n’être pas autorisée à celles et ceux qui, sur tel ou tel sujet, seraient situé ici ou là. Idem si on est blanc ou pas assez noir, valide et non handicapé, etc.

La réthorique déconstructionniste, telle qu’elle s’exprime à l’heure actuelle dans les milieux dits de gauche radicale, induit de facto la réapparition du sentiment de culpabilité dont on sait qu’il est au cœur du fonctionnement tant des religions que du stalinisme. Et qu’à ce titre il doit être combattu comme instrument du maintien du pouvoir et de l’aliénation des individus. Entre culpabilisation et responsabilité collective, le cousinage est germain. Ainsi Houria Bouteldja, dans Les Blancs, les Juifs et nous suggère que si tu es né français et blanc, quelque soit ton engagement passé et présent contre le colonialisme, que tu le veuilles ou non, tu es en partie responsable et coupable.

Le « d’où parlez vous ? » se trouve ainsi perverti et détourné de son sens le plus évident à savoir que votre histoire, le lieu où vous vous trouvez socialement et intellectuellement a une influence sur votre discours et vos actes, souvent à votre insu. Cette prise en compte, au lieu d’être un élément de compréhension et d’explication pour faire plus de place au libre arbitre devient chez les déconstructionnistes un élément de pourvoir, d’exclusion et de culpabilisation.
L’ éthique commune à tout ce qui globalement constituait le mouvement ouvrier (socialistes, communistes, anarchistes, syndicalistes, etc.) portait sur la nécessité d’unir les opprimés en mettant en avant les points communs qui les constituait. A l’inverse l’effort de la bourgeoisie consistait à favoriser tout ce qui les opposait et à les diviser. Le postmodernisme (et ses déclinaisons « déconstructionnistes » et « intersectionnalistes »), tend à présent, à diviser davantage encore.

Comment ce glissement a-t-il pu se produire ?
La simple « french théory » (voir intervention de Renaud Garcia dans les pages précédentes) n’a pas pu a elle seule produire ces dégâts. Elle aurait pu rester sagement dans les murs de l’université – en dehors de la société réelle ! Il se trouve simplement qu’elle a rencontré une réalité socio-économique culturelle qui a produit des disciples dans le monde militant.
Ce retournement a accompagné le vide politique qui s’est installé dans les années 1980 et s’est renforcé avec l’implosion des pays dits communistes. Un libéralisme triomphant mettant en scène l’idée que le capitalisme était la fin de l’histoire, le meilleurs système possible, a fermé la porte à tout espoir concret et collectif, installant un ‘no futur’ dans l’espace culturel et politique de la contestation de plus en plus tourné vers l’individualisme ?

Le holisme a laissé la place au fractionnement infini, les classes sociales disparaissaient, la lutte des classes encore plus ! Pendant ce temps, la bourgeoisie qui, elle, voit plus clair se délectait. Warren Buffett, « l’homme le plus riche du monde » déclarait en 2005 : «  Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner.  »

Il ne faut pas perdre de vue que les producteurs des différentes variantes du post modernisme sont des universitaires, c’est-à-dire des gens qui sont salariés pour produire de la nouveauté, qu’elle soit réelle ou simple ravalement de productions anciennes. On sait que dans le système universitaire, pour faire son trou ou simplement y rester il faut trouver le bon créneau de recherche qui peut être soit dénicher un sujet pas ou peu étudié (c’est rare !), soit coller aux basques d’un semi mandarin en travaillant pour lui, ou encore reprendre à son compte des choses connues en les repeignant aux couleurs de la modernité. Et à ce jeu les théories postmodernes sont hautement pourvoyeuses de possibilités. Plus on détricote les rapports sociaux et plus on produit de sujet ; et plus il y a de sujet plus il y a de créneaux de recherche pour gagner sa croûte. C’est, entre autres, ce à quoi ont servi les studies (1) qui peuvent, comme les petits pains, se multiplier à l’infini puisque la segmentation du corps social est théoriquement possible jusqu’à déceler pour chaque individu une oppression spécifique qui se trouverait au carrefour des appartenances et des influences qui le constituent (intersectionnalité).

1. Département universitaire consacré à une oppression particulière. Le dernier en date, le hairy studies (étude des poils). Un professeur d’études des genre, dans l’Arizona, accorde des bonus à ses étudiants qui se rasent entièrement et à ses étudiantes qui se laissent pousser les poils, histoire de se déconstruire.

Jusqu’ici tout va bien ?

« Il y a dix ans, dans la même réunion qu’aujourd’hui, si on avait dit ” blanc ”, les gens auraient cassé le mobilier. Aujourd’hui, grâce aux Indigènes de la République, grâce à Houria, on peut dire ”les blancs”. »
Eric Hazan.

On ne peut malheureusement pas encore donner tort à l’éditeur classé à l’extrême gauche du dernier pamphlet explicitement antisémite d’Houria Bouteldja Les Blancs, les juifs et nous, qui n’a pas suscité de réaction à la hauteur de son caractère ignoble. Les catégories et le vocabulaire de l’idéologie racialisatrice, repris depuis quelques temps dans les organisations et milieux politiques qui vont de l‘extrême gauche jusqu’aux libertaires, sont en train de devenir la norme et d’instaurer une hégémonie. Ce vocabulaire s’est imposé insidieusement, sans être ni discuté ni argumenté. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui sont dans l’incapacité de soutenir politiquement ces positions intenables, à part à coup d’affirmations tautologiques et de fausses évidences. Un glissement sémantique a déjà largement opéré : les termes de « race », « blancs », « non-blancs », « racisés », « racialisation », « décolonial » sont devenus du jour au lendemain des catégories d’analyse jugées pertinentes, nécessaires, et sont même promus comme instruments d’une perspective d’émancipation, là où nous y voyons une faillite catastrophique.

Dans une époque de crise généralisée propice à la confusion, dans laquelle prospèrent des courants contre-révolutionnaires, menaçants voire meurtriers comme les rouges-bruns, les boutiquiers racistes Soral et Dieudonné ou différentes variantes de l’islam politique, certains ne trouvent donc rien de mieux à faire que de ressusciter la théorie des races en réhabilitant les assignations culturelles, sociales et religieuses dans la droite ligne de l’ethno-différentialisme de la nouvelle droite. Le retournement est allé au point que le simple questionnement de l’idéologie racialiste devient impossible, tant dans les réunions publiques que sur les sites internet des milieux militants, qui opèrent à cet endroit une véritable censure. L’ensemble prospère et tient notamment par un chantage à la culpabilité que manient très bien les tenants de cette idéologie. Ironiquement, aujourd’hui, refuser les termes de « race » ou « d’islamophobie » expose à l’infamante accusation de racisme, visant à étouffer ainsi toute possibilité de débat, de critiques et de refus. Certains anarchistes en sont rendus à proscrire le slogan « ni dieu ni maître » sous prétexte d’« islamophobie » et certains marxistes pensent que pour être antiraciste il est urgent d’ajouter la « race » à la classe. De fait le terme de « race » qui était jusqu’à peu l’apanage de l’extrême droite se retrouve aujourd’hui à toutes les sauces. La promotion des identités, le communautarisme culturel ou religieux n’ont jamais eu d’autres fonctions que de maintenir la paix sociale.

Le clivage à l’œuvre autour de ces questions se doit donc d’être clarifié et travaillé de manière réfléchie. À plus forte raison dans la situation actuelle, le racialisme ne peut mener qu’à la guerre de tous contre tous. Cette offensive politique est lourde de conséquence pour tous, et d’un point de vue révolutionnaire c’est un point de rupture. Où en serons nous dans quelque temps si elle s’avérait victorieuse ? Tôt ou tard, il va bien falloir choisir son camp et le plus tôt sera le mieux.

Été 2016, Assemblée en mixité révolutionnaire et non-mixité de classe.

Ce texte est appelé à circuler aussi largement que nécessaire, et peut servir pour susciter discussions, débats et confrontations.

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7 Messages

  • L’antemodernisme de l’OCL

    3 février 12:11, par Cacharel

    Je ne connais pas ce Renaud Garcia, mais le fait que Courant alternatif puisse ajouter comme « éléments qui peuvent contribuer au débat » le texte provocateur « Jusqu’ici tout va bien  ? » en dit long sur les a priori qui ont présidé à ce « débat libertaire ».

    Pour celles et ceux qui suivent un peu l’actualité de ce microcosme, force est de constater que l’OCL a rejoint (à l’insu de son plein gré ?) les islamophobes d’un certain milieu se réclamant de l’anarchie qui ont présenté leur texte comme « une prise de position MINIMALE, écrite cet été dans une dynamique de regroupement d’horizons politiques et géographiques variés ».

    Ce n’est pas un hasard si ce texte a aussi servi de présentation au fameux « débat » à Mille Bâbords où l’OCL a préféré manifester sa solidarité avec les racistes plutôt qu’avec les racisé-e-s.

    http://oclibertaire.lautre.net/spip...

    Ce n’est pas un hasard non plus si ces thèses sont diffusées dans un milieu qui assume son islamophobie et en fait un thème militant.

    https://www.non-fides.fr/?Marseille...

    https://www.non-fides.fr/? Discussion-a-Paris-le-26-janvier

    https://www.non-fides.fr/?Parution-...

    https://www.non-fides.fr/?Sur-l-ide...

    http://endehors.net/news/islamophob...

    http://www.mondialisme.org/spip.php...

    http://mondialisme.org/spip.php?art...

    http://mondialisme.org/spip.php?art...

    https://lignesdeforce.wordpress.com...

    http://www.autrefutur.net/Du-confus...

    Et la cerise sur le gâteau :

    http://endehors.net/news/le-piege-d...

    où l’on voit « l’en-dehors », pour être en accord avec ses idées, faire l’apologie d’un article de… Lutte ouvrière !

    http://mensuel.lutte-ouvriere.org/2...

    Ce qui fait bien rire l’extrême droite ( http://www.fdesouche.com/813903-lut... ) mais sûrement pas les libertaires antiracistes.

    Il arrive un moment où il faut savoir choisir son camp. Et reconnaître, comme Mille Bâbords l’a fait tardivement, qu’on s’est fait rouler dans la farine par cette bande d’islamophobes. Ces dénonciations répétitives d’un ennemi facile et consensuel qui ne rentre pas dans le moule de la pensée libertaire orthodoxe sont plutôt lamentables. Assimiler toute pensée différente à une « mode » (comme pour l’antispécisme) n’est pas un procédé très glorieux. Se chercher des têtes de Turc comme le PIR, qui fait déjà l’objet d’attaques incroyables dont on ne distingue pas si elles proviennent de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, est non seulement indigne d’une pensée honnête, mais surtout contre-productive : on ne peut pas s’empêcher d’avoir une certaine sympathie pour des gens qui sont attaqués d’une façon aussi malhonnête – et un rejet de ceux qui le font.

    Je ne sais pas s’il y a eu des positions critiques dans ce débat, mais en tout cas elles n’apparaissent nulle part. Et la CONCLUSION avec ce texte scandaleux « Jusqu’ici tout va bien ? » ne laisse guère d’illusions sur la position officielle de l’OCL.

    Quand comprendrez-vous que la mauvaise foi de ce pamphlet est insupportable pour des anarchistes antiracistes, quand cesserez-vous d’accorder un crédit aux islamophobes « libertaires » ?

    C’est une insulte à l’intelligence de ne tenir aucun compte, article après article, de celles et ceux qui expliquent LEUR conception du racisme et de la lutte, différente de la vôtre, et de faire comme s’ils n’existaient pas et n’avaient rien dit, comme si votre position était la seule sérieuse et digne d’être connue.

    Arrêtez de parler de la « mode » des autres, la période des soldes se termine.

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    • Surfer sur les vaguelettes de la beauferie nanarcho identitaire ? 4 février 23:46, par lâches anonymes, loups solitaires en plein processus de radicalisation

      Depuis les attentats, on voit déferler un « retour » de la haine raciale la plus décomplexé caché sous les apparats de la beauferie et de la bonne morale : liberté d’expression, défense de la culture moderne, rejet de la barbarie. Depuis des années un virage intellectuel s’opérait. Riposte laïque incarne un paroxysme de cette nouvelle manière d’être un raciste respectable, un raciste qui rejette l’obscurantisme et le communautarisme des autres. PS, LR et FN défendent en effet la laïcité et les valeurs universelles contre les ténèbres. Mélenchon se déclare ouvertement « islamophobe ». Bref la mode est au racisme et on n’hésite plus à se mettre au goût du jour même dans des milieux ou jusque là c’était plutôt mal vu… Rien d’étonnant à ce que cette vague pénètre l’extrême-gauche et les milieux anarchistes et autonomes. Bien heureusement, cette vague reste presque anecdotique, même si le peu de surfers qu’elle charrie restent tous assez affligeants.

      Racisme anarcho gauchiste : panorama d’un micro-monde burlesque

      Au départ curiosité presque risible, ce courant aussi étonnant que marginal tente aujourd’hui d’exister. Déjà des intellectuels de supermarché pseudo libertaires comme Onfray ou Michéa ont servi de caution nanar au racisme mainstream. Il y a bien sûr des franchouillards à la FA qui dès le « bal tragique cher Charlie » s’étaient mis du coté des tirailleurs xénophobes armés de crayon, au garde-à-vous, en vociférant à qui voulait l’entendre leur soutien sans faille. On voit aussi des groupes paillards de la CGA (le groupe Albert Camu, ca ne s’invente pas) qui prennent le même revers. Ils ont décidé de créer l’Organisation Anarchiste, sans doute en référence à une organisation homonyme d’antan connue pour son antisémitisme et son rejet de la franc-maçonnerie. Autre époque, autre mœurs, l’OA est désormais l’organisation officielle des nanarchistes islamophobes et qui s’assument comme tels. C’est donc dans cette atmosphère d’apéro saucisson pinard que nos explorateurs des théories farfelues entendent se lancer dans l’ultime croisade. Mais, bien que moins nombreux, les plus braillards et de loin les plus amusants, se sont les fantaisistes qui prétende émerger de « l’autonomie radicale » : non fides et discordia pour les anarcho identitaires et vostanite, garap et racialisateur go home (scission pro colonial du rca) pour les ultra rouge brun. Ravage édition, qui avait déjà affligé pour sa xénophobie, s’est fait virer d’infokiosque et leur sert de maison d’édition. Des ruines est leur journal. Même si ils multiplient les publications et les coquilles vides pour se donner les apparats d’être autre chose qu’un microcosme groupusculaire, personne n’est dupe… ils sont 4 pelés à se ronger l’os nerveusement. Personne ne pourra nous accuser de jouer les « journaflic » pour avoir ouvertement dépeint ce micro monde tant leur inactivité (hors obsession raciste) désabuse jusque aux policiers les plus zélés.

      On pourrait évoquer les cautions intellectuelles de la démarche tel que les dépouilles du situationnisme tendance réactionnaire chiant, le florilège de blog culturalo-libertaire ou autres « écrivains libertaires » à la réputation sulfureuse (pro pédophile et négationniste repentit), tous aiment à se rouler dans la haine ethnocentriste dés qu’ils peuvent en avoir l’occasion.

      Il existe bien sur certaines divergences entre les micros sectes, et les gourous ne sont pas unanimes. Certains condamnent l’islam au nom de la défense du féminisme (comme il est convenu de le faire a la télé) certains, plus populistes encore, condamnent le féminisme. Il en est de même avec l’antisémitisme : les plus avisés feront ce qu’il est d’usage chez les colons bien pensants : utiliser la lutte contre l’antisémitisme pour développer l’islamophobie, les plus archaïques (mais plus conséquents dans leur logique) considéreront la notion d’antisémitisme comme « racialiste » (ils sont heureusement peu nombreux). Ces deux factions ont d’ailleurs déjà commencé à se taper entre eux (tant mieux !).

      Mais qu’est ce qu’il leur a pris ? Comment ces micro-sectes qui jusque la n’avait que la réputation d’apathiques asociaux ont pu dériver vers le populisme ? C est que l’anti anti-islamophobie, l’anti anti-fachisme, l’anti anti-impérialisme voir pour les plus illuminés l’anti-féminisme est devenu pour eux les ultimes apparats d’une posture propre aux errements d’une radicalité imaginaire et sans cause. La posture et la radicalité verbale leur servent de démarcation presque aristocratique. La misanthropie constituait le minimum de la panoplie des anarcho-tristes et autres gaucho-chiants (bien au delà de ce petit groupe malheureusement). Ce nouveau style verse maintenant dans le populisme crasse. On espère que la mode va tourner et qu’on verra les singes savants et leurs perroquets adopter de nouveau déguisements moins nauséabonds.

      Des arguments Massu : les arguments d Aussares ?

      Comment peuvent t’ils distorsionner une pensée anarchiste ou communiste plutôt connue pour son ouverture aux autres en une arme de xénophobie ? Il fallait en effets des argumentaire solide à leurs saillis littéraire abondante.

      Être contre l’islamophobie c’est soutenir l’Islam des ayatollahs des frères musulmans et du CCIF, la culturalisassions du débat politique, c’est faire le jeu du « retour du religieux » et de son obscurantisme, c’est encourager Daesh. C’est se faire l’ennemi des communistes et anarchistes ou autres critiques vis-à-vis de l’islam dans des pays de culture musulmane. C’est une hérésie a l’orthodoxie athéiste a la quelle il faut croire…

      Etre contre le racisme c’est reconnaitre l’existence des races, c’est être « racialiste » c est soutenir le PIR, c’est abandonner la lutte de classe au profit d’une posture victimaire et acritique qui n’existe pas en vrai car les races n’existe pas… C’est être l’idiot utile de SOS racisme. C’est abandonner la critique de l’exploitation au profit de la critique intégrationniste de la discrimination, c’est sombrer dans l’essentialisme des heures les plus sombres.

      Être contre l’impérialisme c’est soutenir les Khmer Rouge, Poutine et Bokassa c’est abandonner la lutte de classe au profit d’une posture victimaire et a critique du « colonisé » qui n’existe pas en vrai car l’impérialisme n’existe pas… la division internationale du travail non plus… C’est soutenir les états, les partis et les chefs de guerre du tiers monde.

      C’est donc forts de ces trois argument que nos identitaires se lance à l’assaut de leur ennemi imaginaire les « racialistes » et autres « religieux ».

      Que dire ? Il est évident que ce qui est profondément nié, ce qui leur est impossible à accepter c’est de se voir comme des bouches nourries de l’impérialisme (comme nous tous ici, les migrants ne viennent ils pas ici pour prendre leur part du gâteaux que « nous » consommateurs moyens, nos états et son RSA, son SMIC, ses lois sociales et son armée, pillons chez eux ?), des privilégiés, des xénophobes ras du front (ca c’est pas tout le monde ici , c’est un choix qu’ ils ont fait), des évangélisateurs laiquards, des modernistes conquérants. Ce qui est étonnant c’est que la nature des fantasmes qu’ils projettent sur le milieu est similaire à celle que les pires théoriciens du grand remplacement ou de la menace djihadiste projettent sur les classes populaires. Leur source d’inspiration est somme toute assez vulgaire.

      Pour ce qui est de leur littérature abondante, souvent caustique, il faut le reconnaître. Ce qui est peut-être le plus tumultueux c est l’esthétique populo clouscardienne face à la « post modernité universitaire ». L’anti intellectualisme est toujours salutaire, nous savons pourtant qu’il faut le manier avec précaution. Enfin alors que le milieu radical a su éviter les illusions d une « post » modernité culturaliste et libéral à la sauce « cultural studdy » ou « Foucault markéting », leur velléité à toute attaque de la modernité ne reflète en réalité que leur propre « ethnocentrisme qui s’ignore » sous les apparats de « l’universalisme abstrait ». Ils défendent, en somme, l’identité européenne et universelle du progrès conquérant. Rien de bien nouveau sous le soleil de fRance, il suffit d allumer la télé pour regarder Luc Férry , Soral ou Zémour porté ce genre de sous analyse. Leur seule « critique », leur unique différence d’avec la pensée dominante ce serait que les frontières et catégories des états, cultures ou religions divisent la sacro-sainte humanité universelle. Des modernistes de gauche en somme. Ce qui est surprenant c’est que leur peur de « l’identité comme essentialisation » les rattache a cette post modernité qu’ils détestent tant… le paradoxe n’effraie pas les con.

      Nous autres, somme du coté du négatif, pas besoin d’idéologie du progrès pour attaquer l’ennemi. La haine qu’expriment les opprimé-e-s à l’encontre des profiteurs, des complices et des tièdes ne nous fait pas peur, elle nous stimule. Voila ce qui nous différencie à coup sûr de ces citoyennetés qui s’ignorent, comme qui dirait « Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux. »

      Les hauts faits d’armes des « chasseurs de racisé·e·s »

      Il faut rendre justice au courage de nos explorateurs de la radicalité fictive, ils pratiquent l’action directe.

      Ils ont osé se dissocier de la marche de la dignité. Ils ont eu le courage de dire « tout haut ce que tout le mode pence toux bas ». Ceux qui marchaient contre le racisme et les violences d’Etat serait du coté de la « lutte des races contre la lutte des classes ». Les chiens de garde insultent à grand renfort d’affiche a la con en papier glacé, heureusement arraché ou recouverte par des hommages à Zied et Bouna. Ils auraient pu aller au fond de leur propos et affirmer que la marche de la dignité était une marche de « raciste anti blanc » comme il est de bon ton de la définir un peu partout …

      Ils ont osé en plein mouvement (chacun ses priorités) s’attaquer (tags, intimidation, « blague » raciste) au groupe non-mixte de l’université P8 Saint Denis déjà décrié par la Licra, l’assemblée nationale et l’extrême-droite.

      WOUAW !!!

      Que peut-on dire de leur acte dans le concret ? On ne peut que constater leur rejet de l’auto organisation / autonomie des prolétaires immigrés qui devraient être, selon eux, encadré par des civilisateurs anarcho-gauchiste sans origine ni identité car universels.

      Pour beaucoup, il est très difficile de ne pas voir leur fait de guerre comme de simples « agressions » soft, d’analyser leur geste comme l’appendice libertaire d’un racisme larvé et somme toute banal.

      Paranoïa, calomnie et victimisation

      Le milieu « autonome » serait selon ses détracteurs identitaires, remplis de religieux, de post modernes et de racialistes. Il est évident que la nature obsessionnelle de l’accusation les pousse à combattre des fantômes qui n’existe que dans leur tète. Ils sont inquiets, font des scandales dans des squats, des réunions ou des fêtes, obséder par le moyen de provoquer un conflit, de dépister et de condamner… Ils font des procès en sorcellerie a toutes et tous. C est une inquisition sans les moyens de l’être…

      Pourtant, personne dans nos milieux ne prétend abandonner la lutte de classe au profil de la race, personne ne défend l’obscurantisme religieux… Ils se marginalisent donc tout seul en calomniant à tour de texte long ou se ridiculisent à coup de tractation malhabile.

      En s’attaquant à tout le milieu autonome, ils ne s’y sont pas fait des amis. Le fait est que tout le monde déteste ces anarcho-identitaires. Tout le milieu a mis, spontanément, un peu partout, comme un cordon sanitaire autour d’eux, ils sont ostracisé, ou essuient les railleries, les moqueries. On les voit se séparer peu à peu d’amis de longue date. Leurs coups d’éclats et leur comportement ne les ont pas aidés. Bien sur il y a eu quelque soutien en province, mais ceux qui ont fait allégeance, peut être par chantage affectif, souvent ne connaissent pas l’embrouille et beaucoup se repentent déjà de s’être mis à défendre des racistes.

      Personne ne sait qui a attaquer leur librairie a la con où personne ne va jamais, a part visiblement pour casser soit des vitrines, soit du sucre sur le dos des musulmans. Ce non lieu est une sorte de nouvelle Vielle Taupe (on retrouve dans ce micro monde pas mal d’ancien plus ou moins repentit) qui a troqué l’antisémitisme pour l’islamophobie. ils sont cramé et le resteront pour longtemps

      On comprendra toutefois que les réactions officielles doivent laisser place à une certaine solidarité de façade (sans mauvais jeux de mots) « on ne peut pas casser comme ca des vitrines d’une libraire anarcho-identitaire ». On remerciera toutefois les « mutus » de nous avoir épargné le flot de bassesses qui accompagne chacune de leur déclaration pour ne publier, discrètement, que ce que « la neutralité » impose : le strict minimum. Toutefois, s’il y a une critique à faire de ce cocasse bris de vitrine c’est qu’il a servis à faire un coup de pub. L’audience des ces zigotos a été démultiplié depuis qu’ils ont su s’adonner au racisme le plus immonde… il suffit de versé dans le populisme pour faire du buzz mais la posture de victime en plus … ca c’est tip top… Bien sur personne ne participe a leurs débats « ouvert », a leur tentative de « médiation » par peur d être assimilé a eux voir même d’apparaitre comme trop complaisant. En somme ils se brouillent tout les jours un peu plus avec le peu de gens qui les considèrent autrement que comme de simple raciste a éviter.

      Le plus amusant est aujourd’hui de les voir se diviser : même un des fondateur de la Discordia a quitter le groupe de quatre personne qui l’animaient, tant l’obsession de ses camarades lui semblait insupportable.

      Mais qu’est ce que on va faire avec ces vieux coqs et jeunes oies édifiantes ?

      L’heure n’est pas à une escalade de violence, ni à essayer de tuer les cadavres. A quoi servirais de renforcer un ostracisme déjà presque unanime ? On ne pourrait que les renvoyer à leurs propres obsessions. Non, il faut les aider !

      Oui, on a tous dans notre famille ou au travail des personnes qui dérivent, qui croient au illuminatis ou aux reptiliens. Et bien non, on ne pourra pas abandonner ces personnes à la merci de la haine raciste et du confusionnisme abscons. Comme qui dirait : « On vous aidera avec bienveillance, on ne vous laissera pas tout seul face à votre bêtise ». Avec le temps de l’eau passera sous les ponts, peut être nous oublierons, peu être même nous pardonnerons…

      Des personnes sans couleurs car universelles, universitaires bourgeoises, hooliganisés, qui fantasment sur les banlieues et veulent se convertir a l’islam, car victimes de « la haine de soi » propre au post moderne illusionnés par une fausse critique compatible avec les idéologies de l’état du capital.

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    • L’antemodernisme de l’OCL 10 juin 20:25, par empêcheur de penser en rond

      C’est bien ce message que je trouve d’une mauvaise foi particulière. Je suis libertaire et antiraciste, et je ne me reconnais pas dans les théories que vous semblez défendre. Si ces théories en elles même ne sont pas une mode, leur récupération, parfois bancale, par certain-e-s militant-e-s de la critique sociale en a bien tous les aspects.
      Pour le reste ce n’’est certainement pas en insultant des militant-e-s qui ne pensent pas comme vous, de "racistes" que vous ferez avancer le débat. Pendant ce temps-là, comme vous le signalez, mais sans vous rendre compte que vous aggravez le phénomène, les seuls à s’amuser et à prospérer sont bien les fachos.
      Si certains éléments des critical studies, qui sont rappelons-le, partie prenante du système universitaire et donc parfaitement en adéquation avec le capitalisme, peuvent certainement servir aux luttes contre les oppressions spécifiques, je ne vois pas au nom de quoi nous (les libertaires) serions tenu-e-s d’en accepter tous les préceptes sans discuter. Voilà une conception très étranges de la pensée libertaire qui ne fait aucune place à l’esprit critique.

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  • Je pige pas trop la teneur des réponses. Pour faire direct, je méprise toutes les religions, DONC islam compris. J’ai en horreur le voile islamique comme la croix autour du cou.
    Garcia a raison il y a une division qui s’opère dans la lutte des classes, réduisant ceci à un détail parmi d’autres luttes. Mais pour le dire direct, le racialisme ça n’existe pas. Houria Bouteldja c’est une arnaque comme Hazan. Point barre.

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    • Un passant de passage qui passait par hasard et n’a donc pas eu le temps de prendre connaissance des arguments, essaie de placer le débat au niveau des débats de Café du Commerce en faisant comme si rien n’avait été dit avant. C’est bien d’être contre toutes les religions, c’est un truc de base des anars, mais c’est absolument pas le sujet. Le sujet, c’est la reprise de textes anti-racialistes puants qui ne devraient pas avoir leur place dans un média libertaire.

      Je suggère à l’OCL, qui a déjà publié des textes en provenance de l’UJFP, de reproduire celui-ci, qui est une réponse à tous les semeurs de haine qui rôdent dans la mouvance libertaire, histoire d’équilibrer les choses :

      Non, l’antiracisme politique n’est pas « racialiste » !

      (extraits)

      « C’est en parallèle de ces rapprochements, et probablement en réaction, qu’une poignée de militants a mis en place une campagne de dénigrement de l’antiracisme politique, sur fond de négation du racisme structurel. Ainsi, nous avons pu, ces derniers mois, voir circuler à Rennes un pamphlet intitulé La race comme si vous y étiez ! signé des « amis de Juliette et du Printemps ». La cible de cet ouvrage n’est autre que l’antiracisme politique, ici renommé « racialisme ». Aussi surprenant que cela puisse paraître, la thèse centrale de l’ouvrage consiste à affirmer que l’antiracisme serait « racialiste » quand il ne se limite pas à l’affirmation que « les races n’existent pas » mais qu’il prend en compte les effets du racisme, la racialisation des rapports sociaux et les différentes assignations qui en découlent.

      Si le Parti des Indigènes de la République (PIR) et Houria Bouteldja, sa porte-parole, sont les principales cibles du livre, ses rédacteurs ne cachent pas leur opposition à tous ceux qui « considèrent qu’ils n’ont rien à voir avec le PIR mais s’appliquent à en utiliser les catégories et la novlangue » (page 216). Comme le disent eux-mêmes les rédacteurs de La race comme si vous y étiez, « au delà des outrances de l’égérie du PIR, c’est bien aussi à l’ensemble de ces milieux qui lui servent de près ou de loin de caisse de résonance que ce livre entend s’opposer » (pages 218-219), le principal reproche fait à « ces milieux » étant la reprise du concept de « race » pour penser les rapports sociaux liés au racisme structurel et au continuum colonial en France.

      Dans la même dynamique, dans le contexte de l’appel à la marche du 19 mars pour la justice et la dignité, une publication de 4 pages intitulée « Contre le racisme, contre l’État, sa police et sa justice » fut diffusée à Rennes dans un rassemblement de soutien à cette manifestation, et utilisée à l’université Rennes 2 pour recouvrir les affiches de la marche pour la justice et la dignité. Si le titre de ce texte proclame la nécessité de lutter « contre le racisme », nous observons que le seul propos de ses auteurs, qui signent « Communistes tant qu’il le faudra, pour la fédération des comités « la vérité  ?! : la justice nique sa mère » » consiste en un dénigrement des collectifs « Vérité et Justice », et de l’antiracisme politique. Selon ces quelques militants, que l’on a connus mieux inspirés à une époque pas si lointaine, l’antiracisme politique serait à combattre, puisqu’il serait « racialiste » d’analyser les rapports sociaux liés au racisme. Par ailleurs, pour ces personnes que nous avions considérées comme des camarades de lutte, toute prise en compte de l’expérience du racisme dans la constitution des subjectivités devrait être dénoncée comme « ethno-différentialiste ».

      […]

      Dans La race comme si vous y étiez !, le principal argument contre l’antiracisme politique, présent en de multiples endroits de l’ouvrage, est qu’une majorité des militants qui s’en réclament utilisent le mot « race », ce qui reviendrait à valider le racisme. L’usage du mot « race » en sciences sociales ou dans un contexte militant est notamment disqualifié, selon les « amis de Juliette et du Printemps » qui ont commis cet ouvrage, par le fait que les races n’existent pas en biologie (pages 8-9), avant que l’on nous explique que la seule « racialisation concrète » est l’existence des races animales (page 9).

      Ainsi, les « racialistes » seraient « ceux qui reconnaissent l’existence des races ou qui font la promotion de leur usage conceptuel », cette définition permettant d’affirmer que les antiracistes utilisant le mot « race » pour dénoncer des discriminations sont en réalité « précisément les agents du racisme » (page 11). Ainsi, les « amis de Juliette et du Printemps » affirment sans rire que « les racialistes d’extrême-gauche (…) sont plus bien plus proches des idéologies racistes stricto sensu, de Gobineau à Hitler, que le raciste du coin qui « n’aime pas les bougnoules qui profitent des allocations familiales et les youpins qui gouvernent la finance mondiale » mais qui ne fait pas pour autant de la théorie des races un axe conceptuel, une grille de lecture ou un « prisme »  ».

      […]

      http://www.ujfp.org/spip.php?article5577

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  • Le postmodernisme, une mode qui sape la critique sociale ?

    10 juin 20:29, par empêcheur de penser en rond

    Merci à l’OCL de publier ce texte qui pose les éléments du débat sans outrance ni insulte. Cela devient malheureusement rare dans le milieu libertaire.

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